Près de quarante jours après sa disparition le 31 août dernier, le sort de Moussa Kaka, directeur de la Radio Télévision Saraouniya (RTS) à Niamey, continue de susciter une vive préoccupation. Sa détention, désormais confirmée par les autorités nigériennes auprès de Reporters sans frontières, met en lumière une double urgence : humaine et professionnelle.

Figure incontournable du journalisme sur le continent, Moussa Kaka a passé trente ans à arpenter le terrain pour donner la parole aux populations souvent oubliées. Pourtant, loin des caméras et de l’agitation des studios, c’est l’homme simple qui se révèle.
Dans un témoignage poignant, sa fille décrit un père et grand-père attaché à la terre, loin de toute ambition politique ou polémique :
« Sa vraie vie, sa paix, elle est loin des tumultes. Elle est à Lelehi, dans son jardin, au milieu de ses vaches, à s’occuper de ses plants de Moringa avec les villageois. C’est là qu’est sa place. Pas dans le secret, pas dans l’absence. »
Refusant systématiquement de s’expatrier malgré les opportunités, patriote convaincu, il répétait inlassablement : « Mon histoire s’écrit ici. Je vis au Niger, je reste au Niger ». Aujourd’hui, dans le foyer familial, chaque bruit du quotidien ravive l’angoisse : « À chaque fois que le vent fait bouger la porte, nos cœurs s’arrêtent. On regarde l’entrée, on espère, on prie… » Ses proches l’assurent : aucune animosité ni esprit belliqueux dans leur démarche, seulement un droit fondamental à la vérité sur sa santé et sa localisation.
Face à cette détention menée dans le secret, l’Union des Journalistes de la Presse Libre Africaine (UJPLA) est montée au créneau. L’organisation qualifie la situation de dérive préoccupante et rappelle que le droit d’informer demeure le socle indispensable d’une société démocratique.
L’UJPLA exhorte l’ensemble des acteurs des médias (presse écrite, audiovisuelle et numérique) à se mobiliser à travers trois exigences majeures :
• La transparence : Obtenir des explications claires et immédiates sur les motifs de cette arrestation.
• Les garanties juridiques : Assurer le respect des droits de la défense ainsi que l’intégrité physique et morale du journaliste.
• La solidarité panafricaine : Unir les voix du journalisme africain contre toute forme d’intimidation.
Au-delà de la figure publique et respectée qu’est Moussa Kaka, c’est avant tout un père de famille aimant qu’on attend de revoir. Sa famille et ses confrères en appellent à la conscience collective et au respect des lois pour que toute la lumière soit faite, afin que le journaliste puisse retrouver les siens et son paisible jardin de Lelehi.
Ferdinand KEYN
Nasopresse.com