CÔTE D’IVOIRE / DRAMES DES MÈRES CÉLIBATAIRE / Edmon Clégbaza : « Il faut traquer les pères irresponsables »

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Le phénomène des mères célibataires n’est certes pas propre à la Côte d’Ivoire. Mais, chez nous, il prend une ampleur de plus en plus préoccupante et appelle une réponse sociale, juridique et politique à la hauteur du drame vécu par des milliers de femmes et d’enfants.

Edmond Angel Clégbaza
Président de l’ONG Chaîne d’Espoir. Photo : Dario

Dans nos villes comme dans nos villages, combien de femmes sont aujourd’hui abandonnées, enceintes ou avec des enfants à charge, par des hommes qui ont tout simplement décidé de fuir leurs responsabilités ?

Ces femmes souffrent souvent en silence. Délaissées par leurs compagnons, leurs époux ou leurs ex-époux, elles doivent assumer seules l’alimentation, la santé, l’éducation et la scolarisation de leurs enfants. Beaucoup ne disposent pourtant d’aucun revenu stable.
Commence alors un véritable parcours du combattant.

Pour donner à manger à leurs enfants, certaines acceptent les travaux les plus pénibles et les moins rémunérés. D’autres, poussées par la détresse, peuvent se retrouver exposées à l’exploitation, aux violences, à la prostitution ou à diverses formes d’humiliation. Non par choix, mais parce que l’instinct maternel les pousse à chercher, coûte que coûte, les moyens de faire vivre leurs enfants.

Pendant ce temps, où sont les pères ?
Certains ont disparu. D’autres vivent tranquillement leur vie, parfois à quelques rues seulement de l’enfant qu’ils refusent d’assumer.
Cela doit cesser.

Faire un enfant ne peut pas être un acte dont on abandonne ensuite toutes les conséquences à la mère. La paternité n’est pas seulement biologique : elle crée des responsabilités morales, éducatives et juridiques.

Il faut donc traquer les pères irresponsables, non dans un esprit de vengeance, mais pour les contraindre à assumer leurs obligations envers leurs enfants.

Dans plusieurs pays, notamment la France et les États-Unis, les dispositifs de pension alimentaire et leur recouvrement permettent de contraindre les parents défaillants à contribuer financièrement à l’entretien de leurs enfants. Le principe est simple : celui qui participe à donner la vie doit aussi participer à son entretien et à son éducation.

La Côte d’Ivoire dispose déjà de mécanismes juridiques permettant d’agir contre certains parents défaillants. Mais face à l’ampleur du phénomène, nous devons nous interroger : ces mécanismes sont-ils suffisamment connus, accessibles, rapides et contraignants ?

Il faut renforcer leur application et, si nécessaire, adopter des dispositions encore plus efficaces pour que la pension alimentaire ne soit plus une faveur accordée à la mère, mais une obligation effectivement assumée envers l’enfant.

Edmond Angel Clégbaza
Président de l’ONG Chaîne d’Espoir. Photo : Dario

Car derrière le drame des mères célibataires se cache aussi celui des enfants.

Un enfant abandonné à la précarité, déscolarisé, privé de soins ou livré à lui-même peut devenir demain une proie facile pour la rue, la drogue, la violence et la délinquance. Sans prétendre que tous ces fléaux découlent de la monoparentalité, il serait irresponsable d’ignorer les conséquences que peuvent avoir l’abandon parental et l’extrême précarité sur l’équilibre des enfants.

Protéger les mères célibataires, c’est donc protéger leurs enfants. Et protéger leurs enfants, c’est protéger la société de demain.
Nous appelons ainsi les pouvoirs publics, les magistrats, les services sociaux, les organisations de défense des droits des femmes et des enfants, les chefs communautaires et religieux ainsi que l’ensemble de la société civile à faire de la responsabilité parentale un véritable enjeu national.

Mais notre appel s’adresse d’abord aux hommes : on ne devient pas père seulement en donnant la vie. On devient père en assumant la vie que l’on a contribué à donner.

Aider les mères seules à assurer dignement la prise en charge de leurs enfants, c’est réparer une injustice présente et prévenir bien des drames futurs.

C’est aussi travailler à construire une Côte d’Ivoire plus juste, plus responsable et plus solidaire.

Edmond Angel Clégbaza
Président de l’ONG Chaîne d’Espoir

La rédaction
Nasopresse.com