Carré d’Afrique, organisation environnementale engagée dans la préservation et la restauration des forêts et de la biodiversité, l’éducation environnementale, la promotion de l’écotourisme et le développement de la diplomatie verte, a annoncé le lancement dans la ville Korhogo de la 2è édition de sa Campagne nationale de reboisement (Cnr 2026), qui va se dérouler du 2 au 5 septembre 2026, autour du thème :« Ensemble pour restaurer nos forêts et bâtir des territoires résilients. ». Dans cette interview, Magloire Kouamé, manager Général de Carré d’Afrique dévoile les objectifs et opportunités de cette campagne nationale et des ambitions de son organisation pour la restauration de la forêt.

Magloire Kouamé, manager Général de Carré d’Afrique. Photo : Marcelle Aka
Pourquoi le choix de la ville de Korhogo pour le lancement de votre Campagne nationale de reboisement?
Le choix de Korhogo n’est pas fortuit. Nous y avons rencontré une réelle disponibilité des autorités locales et une volonté d’associer les populations à la dynamique environnementale. Le député-maire de Korhogo, Lass PR, s’est montré particulièrement engagé dans les questions liées au développement de sa commune et à l’amélioration du cadre de vie des populations. Nous avons reçu des orientations qui nous ont permis de mieux inscrire cette campagne dans les réalités du territoire. Nous serons également particulièrement honorés que le premier arbre de cette campagne soit symboliquement planté par le représentant du président de la République, Alassane Ouattara. Pour Carré d’Afrique, ce geste aurait une forte portée symbolique. Il traduirait l’importance accordée au plus haut niveau de l’État aux enjeux liés à l’environnement et à la restauration de notre patrimoine forestier. Nous voulons donc faire de Korhogo, après le lancement de la campagne, un véritable espace national de mobilisation, de dialogue et de partage autour des enjeux environnementaux.
Quels sont les temps forts et l’objectif de cette campagne ?
Cette campagne nationale de reboisement vise un objectif de 36 000 arbres à planter dans 12 localités, et la mobilisation de 3 600 participants, dont 1 800 jeunes et 1 800 femmes. Pendant les quatre jours, du 2 au 5 Septembre 2026, seront organisés des séminaires, ateliers pratiques, panels, échanges et un Village environnemental. Ce Village comprendra plusieurs pavillons thématiques et institutionnels. Ils constitueront de véritables espaces d’échanges et de partage permettant notamment aux différents départements ministériels, aux acteurs partenaires (entreprises et institutions) de présenter leurs politiques publiques, leurs orientations stratégiques, leurs missions, leurs programmes et leurs initiatives en faveur de l’environnement et du développement durable. Les populations dans toutes leurs composantes (jeunes, femmes, hommes et leaders d’opinion et autorités traditionnelles) seront mobilisées et imprégnées des enjeux de cette initiative.
Cette opération va couvrir combien d’hectares et avec quelles espèces florales?
Les superficies dépendront des sites effectivement identifiés et retenus en collaboration avec les autorités locales et les services techniques compétents. Nous voulons que chaque plantation corresponde aux caractéristiques écologiques, aux besoins et aux réalités du territoire concerné. La même logique s’applique au choix des espèces. Nous ne voulons pas planter n’importe quelle essence, n’importe où. Les essences seront déterminées en fonction des caractéristiques écologiques de chaque zone, avec l’accompagnement technique des services compétents, notamment les Eaux et Forêts, la Sodefor et le ministère de l’Environnement et de la Transition écologique. Notre principe est donc simple : planter le bon arbre au bon endroit et créer les conditions de sa survie. Le succès d’une campagne de reboisement ne doit pas être évalué uniquement au nombre de plants mis en terre, mais également à leur capacité à survivre, à leur contribution à la restauration des écosystèmes et aux bénéfices qu’ils peuvent apporter durablement aux communautés et à la biodiversité.
Comment se fera le suivi et l’entretien des plants pour lutter efficacement contre la déforestation ?
Une campagne de reboisement ne doit pas s’arrêter le jour où l’arbre est planté. Le véritable défi du planting d’arbre, c’est l’entretien, le suivi, la protection et surtout créer les conditions permettant aux communautés de s’approprier les espaces restaurés. Pour cette deuxième édition, nous voulons donc renforcer considérablement le suivi-évaluation et travailler davantage avec les communautés locales et les acteurs territoriaux. Notre objectif est de faire des populations des acteurs de la restauration, et non de simples bénéficiaires d’une opération ponctuelle. Des mécanismes de suivi seront mis en place avec les acteurs locaux afin d’observer l’évolution des plantations, d’identifier les difficultés notamment les problèmes d’entretien, de protection ou de mortalité et de prendre les mesures nécessaires pour améliorer le taux de survie des plants. Nous voulons également responsabiliser les communautés autour des espaces restaurés afin que la plantation devienne progressivement une démarche collective et durable. A terme, certaines zones pourraient également être valorisées comme des espaces d’éducation environnementale, de découverte et d’écotourisme, tout en conservant leur vocation première de restauration et de protection des écosystèmes. Notre ambition est de contribuer à faire émerger des forêts vivantes, utiles à la biodiversité, aux communautés et aux générations futures.
Des campagnes de reboisement sont initiées chaque année et pourtant le désert avance à grands pas. Quels sont les acquis notables de vos précédentes éditions ?
Lors de notre première édition, sur un objectif initial de 10 000 arbres, nous n’avons planté que 6 800 arbres dans les différentes localités parcourues, notamment Divo, Soubré, Facobly, Bouaflé et Ouellé. Cette première édition a bénéficié de l’appui technique de la Sodefor, de l’appui institutionnel du ministère des Eaux et Forêts et du ministère de l’Environnement, ainsi que d’un appui financier de l’Association en soutien des valeurs professionnelles pénitentiaires de Fresnes en France. Cette expérience nous a permis de comprendre qu’il faut passer d’une simple logique de plantation à une logique de restauration durable, qui explique le renforcement de notre approche pour cette deuxième édition.
Combien va coûter l’opération de 2026 ? Qui sont vos partenaires ?
Le budget prévisionnel de la deuxième édition de la Campagne nationale de reboisement est estimé à 79 460 230 fcfa pour planter 36 000 arbres par 3 600 participants dans 12 localités du pays, y compris l’organisation de plusieurs activités : séminaires, ateliers, panels, Village environnemental, pavillons, communication, mobilisation, logistique et suivi-évaluation. Nous bénéficions déjà de plusieurs formes d’appui institutionnel et technique. Le ministère de l’Environnement et de la Transition écologique nous accompagne sur les plans institutionnel, technique et communicationnel. Le ministère des Eaux et Forêts nous a accordé son appui institutionnel et prévoit également de nous accompagner sur le plan technique. Nous bénéficions également d’appuis institutionnels de plusieurs autres départements ministériels, notamment le ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfant et le ministère de la Communication. Nous sommes également en discussion avec le secteur de l’éducation, notamment autour de notre proposition de Programme national des écoles vertes et de citoyenneté environnementale. Mais je voudrais être très transparent sur un point : un appui institutionnel ou technique ne signifie pas nécessairement une contribution financière directe.
Disposez-vous déjà de ces fonds ?
A ce jour, nous devons donc encore mobiliser des ressources pour couvrir l’ensemble des besoins de cette deuxième édition. C’est pourquoi nous lançons un appel au secteur privé, aux entreprises engagées dans la Rse (Responsabilité sociétale des entreprises), aux partenaires techniques et financiers et aux institutions qui souhaitent contribuer à la restauration de nos écosystèmes. Nous pensons notamment que le Village environnemental peut constituer une formidable plateforme de partenariat. Les pavillons offrent aux institutions et aux partenaires un cadre pour présenter leurs politiques, leurs programmes, leurs innovations et leurs engagements, mais également pour dialoguer directement avec les citoyens. Nous voulons donc que chaque acteur puisse trouver dans cette campagne un espace correspondant à son domaine d’intervention et contribuer concrètement à sa réussite. Pour nous, la restauration des forêts est une responsabilité collective.
Quels sont vos attentes et vos principaux défis ?
La première édition nous a montré qu’il ne suffit pas de planter des arbres. Il faut pouvoir les suivre, les entretenir, les protéger et responsabiliser les communautés qui vivent autour de ces espaces. Carré d’Afrique ne peut évidemment pas, à elle seule, restaurer les écosystèmes de la Côte d’Ivoire. Nous avons besoin de l’engagement des pouvoirs publics, des collectivités, des entreprises, des communautés, des jeunes, des femmes, des organisations de la société civile et des partenaires techniques et financiers.
Comment comptez-vous pérenniser vos acquis ?
Notre ambition est donc de contribuer à l’effort national de restauration du couvert forestier et de construction de territoires plus résilients. Nous envisageons faire de certaines zones restaurées des espaces d’éducation environnementale, de découverte et, ou si possible d’écotourisme, sans compromettre leur vocation écologique. Nous voulons développer davantage notre dimension éducative. C’est tout le sens de notre projet ‘’ Ecoles vertes et de la citoyenneté environnementale’’, pour faire comprendre aux jeunes que la protection de la nature n’est pas uniquement une question de spécialistes. C’est une question de citoyenneté. L’Etat ne peut pas porter seul cette ambition. La restauration de nos forêts doit devenir une responsabilité partagée entre l’État, les collectivités, les entreprises, les communautés, les organisations de la société civile et chaque citoyen. Carré d’Afrique, à travers Village environnemental, veut créer un cadre où les pouvoirs publics peuvent expliquer leurs politiques et leurs orientations. Une tribune permettant par ailleurs aux entreprises de présenter leurs solutions, les experts peuvent partager leurs connaissances et où les citoyens pourront échanger directement avec les différents acteurs.
Réalisée par Marcelle AKA