Côte d’Ivoire / VTC à Abidjan : entre conformité et terrain, les conducteurs tranchent

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Le marché du transport avec chauffeur à Abidjan s’est stabilisé autour de quelques acteurs bien identifiés. Yango y occupe une position de leader solidement établie. Une place que l’entreprise technologique internationale détenait déjà avant le retrait d’Uber en septembre 2025. Heetch maintient une présence discrète. Et InDrive, lancé en novembre 2024 qui semble fonctionner sur un modèle de commission zéro et de négociation tarifaire directe, affiche une dynamique de croissance qui retient désormais l’attention du secteur.

Sur le terrain, certains conducteurs jonglent entre deux plateformes, cherchant à optimiser leurs courses et revenus selon les heures et les zones. Leurs retours dessinent un tableau plus nuancé que les arguments marketing de chaque opérateur.

Ce qui frappe Aristide K., chauffeur à Cocody depuis deux ans, c’est l’exigence de l’application professionnelle Yango. « L’appli te soumet régulièrement à des contrôles à savoir une photo de ton véhicule, un selfie de vérification, ton permis. Et surtout, il y a la patente. Yango t’incite à l’enregistrer sur la plateforme. Il y a tout le temps des rappels, et ils accompagnent en cas de problème. Dans le contexte actuel, ça fait une vraie différence. »

Ce contexte, c’est celui d’une réforme fiscale structurante. Depuis le 1er mars 2026, l’article 30 de l’annexe fiscale soumet les propriétaires de véhicules VTC au paiement d’une patente transport, en remplacement du prélèvement à la source de 4 % jusqu’alors en vigueur. Une bascule qui redéfinit les obligations de chaque acteur de la chaîne.

Son collègue Sékou D., qui utilise les 2 applications, observe les différences entre Yango et InDrive au quotidien. « InDrive vérifie le permis et les documents à l’inscription comme tous les acteurs. Et la liberté de négocier le prix avec le client, ça plaît. Mais pour la patente, il n’y a rien de prévu côté InDrive. Et les virements de commissions arrivent parfois avec du retard. Quand tu as des charges fixes comme moi, tu comptes sur tes rentrées immédiates pourtant. »

Ces témoignages pointent une réalité de fond, notamment que dans un secteur en cours de formalisation, la compétitivité ne se jouera plus seulement sur les volumes de courses ou les tarifs. Elle passera aussi par la capacité des plateformes à accompagner concrètement leurs partenaires conducteurs dans la mise en conformité, à mesure que les autorités intensifient leurs contrôles sur le terrain. Une longueur d’avance qui, à terme, pèsera autant que n’importe quel argument commercial.

R.K
Nasopresse.com