Côte d’Ivoire / Éditorial : CPI / Quand les clients commencent à quitter le restaurant… le cuisinier devrait peut-être goûter sa sauce !

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La Cour pénale internationale (CPI) traverse une drôle de saison. Le restaurant de la justice mondiale, autrefois présenté comme le plus chic de la planète, voit désormais des clients pousser leur chaise, régler l’addition… et sortir sans même demander le dessert.

Le Burundi est parti. Les Philippines ont suivi. Aujourd’hui, le Mali, le Burkina Faso, le Niger, la Hongrie, le Venezuela et le Tchad prennent eux aussi le chemin de la sortie ou préparent leurs valises.

À force, une question s’impose : quand plusieurs clients quittent le même maquis en se plaignant du même plat, faut-il traiter tout le monde de mauvais mangeurs… ou demander au cuisinier de revoir sa recette ?

Les États qui tournent le dos à la CPI racontent pratiquement la même histoire. Selon eux, la Cour aurait un GPS un peu particulier : il retrouverait très facilement le chemin de l’Afrique, mais aurait beaucoup plus de mal à localiser certains pays puissants. Curieuse panne de réseau !

Pour ces gouvernements, la justice internationale ressemble parfois à un sifflet qui ne retentit que pour les petits joueurs, tandis que les grosses cylindrées filent à toute vitesse sans jamais être arrêtées.

Et c’est là que le bât blesse. Comment parler de justice universelle lorsque plusieurs grandes puissances ne sont même pas membres de la Cour ? Comment convaincre que la loi est la même pour tous lorsque certains semblent jouer le match sans arbitre ?

Attention ! Cela ne signifie pas que les États qui quittent la CPI sont exempts de toute critique. Beaucoup d’entre eux sont eux-mêmes accusés de graves violations des droits humains. Mais leur départ met le doigt sur une question que l’on ne peut plus balayer d’un revers de main : une justice ne tire sa force que de la confiance qu’elle inspire.

La CPI répond qu’elle ne fait qu’appliquer le Statut de Rome et qu’elle intervient uniquement lorsque les juridictions nationales ne peuvent ou ne veulent pas agir. Son argument est recevable. Mais, dans le tribunal de l’opinion publique, la perception compte souvent autant que les textes.

Aujourd’hui, la véritable urgence n’est peut-être pas de savoir qui a tort ou qui a raison. Elle est de restaurer la crédibilité d’une institution créée pour combattre l’impunité partout, sans distinction de continent, de couleur de passeport ou de puissance militaire.

Car une justice qui donne l’impression de mesurer les fautes avec deux balances différentes finit toujours par être contestée.

Et dans cette affaire, le plus grand perdant ne sera ni la CPI, ni les États qui s’en vont. Ce sera la justice internationale elle-même. Une justice qui, pour être respectée, doit être la même pour tous… des plus faibles aux plus puissants.

Comme on le dit chez nous, quand plusieurs personnes affirment que la pluie tombe, il est peut-être temps de regarder le ciel au lieu de discuter avec elles.

Sacré Abel
Nasopresse.com