Une nouvelle page s’écrit dans l’histoire de la filière café-cacao en Côte d’Ivoire. Plus de 95 % des producteurs, issus de 86 coopératives agricoles, se sont regroupés pour former l’Alliance des Organisations des Producteurs de Café-Cacao (AOPCC). L’annonce a été faite ce vendredi 04 avril 2025 à la Maison de la Presse d’Abidjan-Plateau, lors d’une conférence de presse qui a marqué le lancement officiel de cette plateforme unitaire.
L’objectif de cette alliance : renforcer la voix des producteurs au sein de l’Organisation Interprofessionnelle Agricole (OIA) en vue de la mise en place d’une interprofession représentative et légitime dans la filière. Une nécessité, selon les leaders des coopératives, face aux critères stricts imposés pour intégrer l’OIA.
Pour être éligible au collège des producteurs au sein de l’OIA, chaque organisation devait, selon les exigences de l’évaluation conduite par le cabinet JADEX, représenter au moins 15 % de la production nationale et 15 % des producteurs, soit environ 300 000 tonnes et 150 000 producteurs, sur un total estimé à plus d’un million.
Mr Soro Penatirguié, président de l’Association nationale des coopératives agricoles de Côte d’Ivoire. Photo: Moussa Camara
« Aucune organisation, individuellement, ne pouvait atteindre ce seuil », a reconnu Soro Penatirguié, président de l’Association nationale des coopératives agricoles de Côte d’Ivoire. Face à cette impasse, les principales structures se sont concertées le 24 mars 2025, avec l’appui de juristes, pour trouver une solution : se regrouper en une alliance, capable de répondre collectivement aux critères.
El Hadj Karim Sermé, président de la coopérative Yawoubé d’Aniassué, a précisé que l’évaluation n’a pas invalidé la possibilité d’une mutualisation des forces. « Le rapport a dit qu’aucune organisation ne remplissait les critères individuellement. Il n’a jamais dit que, réunies, elles ne les rempliraient pas. »
Aujourd’hui, avec plus de 60 % de la production nationale et plus de 60 % des producteurs, l’AOPCC revendique la légitimité d’être reconnue comme collège des producteurs au sein de l’interprofession. « Nous sommes la force principale du secteur. Ce sont nos coopératives que l’on retrouve dans les régions, dans les campagnes, dans les programmes de durabilité », a insisté Soro Penatirguié.
Face à ce consensus historique, les producteurs interpellent les autorités. « Le débat est clos. La division dans la filière n’est plus d’actualité. Nous sommes unis », a affirmé le porte-parole des organisations. Ils appellent le gouvernement à prendre acte de cette avancée et à intégrer l’AOPCC dans le processus d’institutionnalisation de l’OIA.
Ils prévoient également une grande assemblée des producteurs à San-Pédro dans les semaines à venir, pour confirmer cette dynamique unitaire et poursuivre la structuration.
Au-delà des chiffres, l’Alliance met en avant sa légitimité de terrain. Les coopératifs membres de l’AOPCC sont, pour la plupart, certifiées et engagées dans des programmes de durabilité. Elles déclarent une production totale de plus de 1 million de tonnes, appuyée par des données vérifiables.
« Nous ne voulons pas d’un simulacre d’interprofession. Ce que nous construisons ici, c’est une gouvernance réelle, portée par ceux qui vivent et travaillent au cœur de la filière », a soutenu un intervenant.
Avec la création de l’AOPCC, les producteurs de café-cacao de Côte d’Ivoire entendent désormais peser de tout leur poids dans les décisions liées à l’avenir de leur filière. Une initiative saluée comme une avancée majeure dans la quête d’une gouvernance plus équitable et inclusive.
Moussa Camara