Côte d’Ivoire : « Le recul des libertés est abyssal », Pascal Affi N’Guessan dresse un bilan au vitriol de l’ère Ouattara

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À l’occasion de la commémoration des 36 ans du multipartisme ce jeudi 7 mai 2026, le président du Front Populaire Ivoirien (FPI), Pascal Affi N’Guessan, a animé une conférence de presse mémorable. Entre dénonciation d’un « autoritarisme étouffant » et appel au « sursaut national », l’ancien Premier ministre n’a pas ménagé le régime d’Abidjan.

Trente-six ans après la rupture historique avec le parti unique en 1990, le constat de Pascal Affi N’Guessan est sans appel : la démocratie ivoirienne est en soins intensifs. Face à la presse, le leader du FPI a dépeint un tableau sombre d’une Côte d’Ivoire qu’il juge prisonnière d’une « loi du silence ».

Pour Pascal Affi N’Guessan, les espoirs nés du pluralisme politique se sont fracassés contre la réalité de la gouvernance actuelle. « Trente-six ans après le retour au pluralisme et quinze ans après l’accession d’Alassane Ouattara au pouvoir, la situation des libertés est dramatique », a-t-il martelé, évoquant un recul « abyssal ».

Le président du FPI a énuméré une série de griefs illustrant, selon lui, la dérive autocratique du pouvoir : Harcèlement des médias : Journalistes interpellés et amendes records pour délits de presse.
Traque numérique : Arrestations systématiques d’influenceurs et de cyberactivistes.

Répression politique : Leaders d’opinion soumis à des « interrogatoires traumatisants », citant notamment le cas récent d’Assalé Tiémoko.

L’un des points les plus saillants de sa déclaration concerne la liberté de manifestation. Affi N’Guessan a fustigé une gestion « féroce » des protestations, rappelant les bilans sanglants des crises de 2020 et 2025 (plus de 110 morts cumulés et des milliers d’arrestations).
« Depuis que la Côte d’Ivoire existe, il n’y a jamais eu autant de violences et de morts liés à des conflits politiques que sous l’ère Alassane Ouattara », a-t-il affirmé, accusant le régime de vouloir « domestiquer les consciences » par la peur.

Le leader du FPI a également abordé le terrain de la succession présidentielle. Il a ouvertement dénoncé les ambitions prêtées au chef de l’État de positionner son frère, Téné Birahima Ouattara : « Résister, c’est refuser le système dynastique. Être le petit frère du Chef de l’État n’est pas un mérite personnel, ni un diplôme. Cela ne peut se substituer à la loi de la démocratie. »

Au-delà de la critique, Pascal Affi N’Guessan appelle les Ivoiriens à la résistance et à un « sursaut ». Il a interpellé le gouvernement sur plusieurs dossiers brûlants qui alimentent l’incertitude nationale :
1. Vacance du pouvoir : L’absence persistante de nomination d’un Vice-président six mois après l’élection.
2. Santé du Chef de l’État : L’exigence de transparence face aux « folles rumeurs », estimant qu’une simple apparition publique ne suffit plus.
3. Vie chère et Café-Cacao : La « spoliation » des planteurs et l’incapacité des ménages à se loger et se nourrir décemment.
4. Exilés politiques : Le cas de Tidjane Thiam et des leaders privés de droits civiques.

Enfin, Pascal Affi N’Guessan a invité Alassane Ouattara à « lâcher prise » et à renoncer à la « fuite en avant » pour privilégier la réconciliation. Pour le FPI, l’heure n’est plus au dialogue de sourds, mais à la reconquête des libertés.

Moussa Camara
Nasopresse.com