Côte d’Ivoire / Présidentielle en ligne de mire / Charles Blé Goudé prône une “Côte d’Ivoire de l’essentiel et des priorités”

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Dans un discours à forte portée politique et programmatique, Charles Blé Goudé a livré ce mercredi 28 janvier 2025 à la Maison de la presse à Abidjan-Plateau une analyse sans concession de la situation actuelle de la Côte d’Ivoire. Crise du pouvoir d’achat, désenchantement démocratique, faillite du système éducatif et malaise social : l’ex-leader de la galaxie patriotique dresse un tableau sombre du pays. En réponse, il annonce sa volonté d’accéder démocratiquement à la magistrature suprême, avec une vision de gouvernance axée sur “l’essentiel et les priorités”.

M Charles Blé Goudé, président du COJEP

Sur le plan politique, Charles Blé Goudé déplore une concentration excessive des pouvoirs exécutif et législatif entre les mains du parti au pouvoir, vidant selon lui le multipartisme de sa substance. Les élections successives, marquées par des violences, des morts et des prisonniers politiques, ont engendré une profonde désaffection citoyenne. À titre d’exemple, il évoque la commune de Cocody, où moins de 30 000 électeurs se seraient rendus aux urnes sur plus de 300 000 inscrits.

Sur le plan économique, l’orateur reconnaît les avancées en matière d’infrastructures, routes et ponts, mais estime que ces performances macroéconomiques ne se traduisent pas dans le quotidien des populations. Flambée des prix des denrées alimentaires, hausse vertigineuse des loyers et des matériaux de construction, chômage persistant des jeunes : “les familles ivoiriennes peinent à joindre les deux bouts”, affirme-t-il. Les producteurs de cacao, pilier de l’économie nationale, rencontrent également des difficultés croissantes pour écouler leur production.

Le constat est tout aussi alarmant dans le secteur éducatif. S’appuyant sur des données de l’UNESCO et de la Banque mondiale, Charles Blé Goudé affirme que 83 % des élèves sortent du primaire sans maîtriser la lecture, l’écriture et le calcul. L’exclusion de 1 300 élèves à Azopé pour insuffisance de niveau est, selon lui, la partie visible d’une crise profonde de l’apprentissage.

Sur le plan social, le sentiment dominant est celui de l’abandon. Se soigner, se loger, payer l’électricité ou l’eau devient un véritable parcours du combattant pour une large frange de la population.

Face à ce tableau, Charles Blé Goudé annonce clairement son intention de briguer la présidence de la République. Il promet de le faire démocratiquement, entouré d’une équipe qu’il veut jeune, compétente et engagée.

Sa philosophie de gouvernance repose sur un principe central : “Gouverner par l’essentiel et les priorités”. Une approche fondée sur l’efficacité de l’action publique, la justice sociale, la transparence et surtout la redevabilité, c’est-à-dire l’obligation pour les dirigeants de rendre compte de leur gestion.

Son ambition : bâtir une “autre Côte d’Ivoire”, réconciliée avec elle-même, où les conflits se règlent par le dialogue, et où l’excellence et l’égalité des chances ne sont plus des slogans mais des réalités. Il appelle également à la renaissance d’une gauche ivoirienne capable de redonner un visage humain à la politique.

Pour restaurer la confiance entre l’État et les citoyens, Charles Blé Goudé propose des réformes institutionnelles profondes. Il plaide pour une refondation totale de la Commission électorale indépendante (CEI), débarrassée des partis politiques et confiée à des experts véritablement indépendants, dotés d’une autonomie financière.

Il souhaite également réintroduire une limite d’âge stricte pour les candidats à la présidentielle (35 à 75 ans) et verrouiller définitivement la limitation à deux mandats présidentiels au cours d’une vie, quelle que soit l’évolution constitutionnelle.

Dans une logique de rationalisation des dépenses publiques, il propose la suppression d’institutions jugées non essentielles, telles que le Sénat, la Vice-présidence et le poste de Médiateur de la République. Les économies réalisées, estimées à près de 100 milliards de francs CFA, seraient réorientées vers les besoins sociaux prioritaires. La lutte contre la corruption devrait, selon lui, être menée avec une tolérance zéro, en commençant par le sommet de l’État.

Sur le plan économique et social, la priorité absolue reste le pouvoir d’achat, avec l’objectif de bâtir une classe moyenne forte, garante de la stabilité sociale.

En matière de souveraineté alimentaire, Charles Blé Goudé propose un plan d’urgence pour atteindre l’autosuffisance en riz. La Côte d’Ivoire, premier importateur africain de riz avec une facture annuelle de 610 milliards de FCFA, dispose pourtant de 475 000 hectares de terres irrigables inexploitées. Leur mise en valeur, à travers la mécanisation agricole, pourrait selon lui changer durablement la donne.

Concernant l’emploi, il appelle à une transformation en profondeur du système éducatif afin de former des compétences plutôt que de produire des diplômes sans débouchés. Il propose le développement d’écoles de métiers dès la fin du primaire, sur le modèle ghanéen, pour améliorer l’employabilité des jeunes.

Pour la jeunesse, Charles Blé Goudé dévoile le programme d’“Immersion patriotique”. Il s’agit d’une immersion civique obligatoire dès 16 ans, d’une durée d’un mois pour les élèves et étudiants, et de trois mois pour les jeunes non scolarisés. Le programme inclurait l’apprentissage de la mémoire nationale, du civisme, du secourisme et d’un métier de base. La participation conditionnerait l’accès prioritaire à certaines fonctions publiques.

Dans le domaine de la santé, l’objectif affiché est de faire passer l’espérance de vie de 60 à 75 ans. Il propose un plan de santé de proximité garantissant l’accès à un centre de santé en moins de 15 minutes pour chaque citoyen, un renforcement de la prévention par la salubrité publique, et la création d’un fonds d’urgence permettant la prise en charge immédiate des patients sans exigence de paiement préalable.

Enfin, Charles Blé Goudé appelle à profiter du climat politique relativement apaisé pour rouvrir le dialogue national sur les réformes institutionnelles et électorales restées en suspens. Il insiste sur deux valeurs fondamentales : la tolérance, y compris au sein de l’opposition, et la solidarité entre tous les Ivoiriens, au-delà des clivages politiques ou ethniques.

Pour lui, l’urgence est claire : rassembler les Ivoiriens autour d’un nouveau contrat social, fondement d’une Côte d’Ivoire plus juste, plus fraternelle et résolument tournée vers l’avenir.

Moussa Camara

Nasopresse.com