Côte d’Ivoire / FORMATION PROFESSIONNELLE UCAO / 31 nouveaux médiateurs et arbitres professionnels sur le marché !

Ils ont troqué les bancs de l’école contre des diplômes de professionnels. À l’Université catholique de l’Afrique de l’Ouest (UCAO), sise à Cocody, 31 femmes et hommes ont reçu leurs diplômes à l’occasion de la cérémonie de graduation de trois promotions : la 11e promotion des Médiateurs professionnels, la promotion des Médiateurs familiaux et la 3e promotion des Arbitres professionnels.

Cette cérémonie solennelle a enregistré la présence de plusieurs personnalités, notamment le parrain des promotions, M. Ouattara Brahima, vice-président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, Michel Tchikaya, directeur du Centre de recherche et de formation professionnelle à la médiation et à la négociation (CERFOPMAN) de l’UCAO, ainsi que Maître Stephen Bensimon, directeur de l’Institut catholique de Paris, qui a spécialement effectué le déplacement pour l’occasion.

Après les allocutions d’usage, notamment le mot de bienvenue du directeur du CERFOPMAN, l’intervention de Maître Stephen Bensimon et celle de la présidente des récipiendaires, Madame Becanthy Coulibaly, le parrain a pris la parole. Dans une allocution empreinte de solennité, Ouattara Brahima a d’abord exprimé sa gratitude aux responsables de la formation pour la confiance placée en sa personne. Il a également salué la présence des personnalités et partenaires, soulignant l’importance de la médiation dans la consolidation du dialogue, de la cohésion sociale et de la paix en Côte d’Ivoire.

Pour lui, cette cérémonie ne se résume pas à une simple remise de diplômes. Elle consacre un parcours de formation, d’efforts, de persévérance et d’engagement. Surtout, elle marque le début d’une nouvelle responsabilité pour les 31 diplômés appelés à mettre leurs compétences au service de la société.

En sa qualité de parlementaire, le parrain a particulièrement insisté sur la contribution de la médiation et de l’arbitrage au renforcement de l’État de droit et de la paix sociale. Il a rappelé que la démocratie ne se limite pas au fonctionnement des institutions et à l’application des lois. Elle repose également sur la capacité des citoyens à accepter leurs différences, à respecter les opinions divergentes et à rechercher des solutions par des voies pacifiques.

S’adressant directement aux nouveaux diplômés, Ouattara Brahima leur a lancé un message fort : ils ne reçoivent pas seulement un parchemin, mais acceptent désormais une véritable mission, celle d’être des artisans de paix, des facilitateurs du dialogue et des acteurs de la cohésion sociale.

Il les a invités à exercer leurs nouvelles fonctions avec rigueur, intégrité, discrétion et impartialité. Car, derrière chaque différend, a-t-il rappelé, se trouvent des personnes, des histoires, des sensibilités et parfois des blessures profondes. Le rôle du médiateur n’est donc pas de fabriquer un vainqueur et un vaincu, mais de créer les conditions d’une compréhension mutuelle et, lorsque cela est possible, d’une solution durable.

Le parrain a également exhorté les récipiendaires à faire de l’écoute leur première qualité et de la neutralité leur principe de conduite. Il a enfin félicité les familles pour leur soutien, ainsi que les formateurs et toute l’équipe du centre pour le travail accompli.
Avant cette intervention, Madame Becanthy Coulibaly, présidente des récipiendaires, avait livré un mot de bienvenue plein d’humour et d’émotion. Elle a notamment raconté que, pendant longtemps, l’école n’avait pas été son terrain de prédilection. Mais la voilà aujourd’hui, à un âge avancé, toujours sur les bancs, à suivre des cours tard le soir et à décrocher un nouveau diplôme. Une belle manière de rappeler qu’il n’est jamais trop tard pour apprendre !

Si elle a choisi la médiation professionnelle, ce n’est pas un hasard. Passionnée de paix, de concorde et de relations humaines harmonieuses, elle entend faire de cette discipline un instrument pour rapprocher les personnes et améliorer la vie en société.
Derrière les 31 diplômes, il y a aussi des souvenirs parfois cocasses. Des adultes, des travailleurs, des pères et des mères de famille qui devaient, après de longues journées de travail, trouver encore l’énergie pour assister aux cours et rédiger leurs mémoires. Certains luttaient contre le sommeil au fond de la salle, tandis que d’autres profitaient de la pause pour rassurer leurs conjoints, parfois inquiets de savoir s’ils étaient réellement en cours ! De quoi arracher quelques sourires à l’assistance.

Au-delà de ces anecdotes, la présidente des récipiendaires a exprimé sa reconnaissance à Michel Tchikaya et à toute l’équipe du CERFOPMAN pour la qualité de l’encadrement, ainsi qu’aux enseignants pour leur patience et la transmission de leur savoir-faire. Elle a également salué le soutien du parrain pour sa présence et son accompagnement matériel, financier, humain et spirituel. Les conjoints, enfants et familles des diplômés n’ont pas été oubliés. Selon elle, ces diplômes sont aussi le fruit de leurs sacrifices et de leur patience.

ARBITRAGE : « LES ENTREPRISES DOIVENT APPRENDRE À PRÉVENIR LES CONFLITS »
À l’issue de la cérémonie, nous avons recueilli à chaud les impressions de Me Ezoua Ackah Bole, agent d’affaires judiciaires et l’un des récipiendaires. Pour ce professionnel du droit, cette formation répond à une préoccupation concrète : trouver des solutions plus efficaces aux difficultés rencontrées par les justiciables dans le règlement de leurs litiges.
« Dans la gestion des dossiers devant les tribunaux, nous avons constaté le temps mis pour traiter les affaires, les dépenses importantes supportées par les clients et, parfois, leur insatisfaction face aux décisions rendues », explique-t-il.

Une situation qui peut conduire les justiciables à multiplier les recours, de l’appel jusqu’à la Cour suprême. Face à ces contraintes, il dit avoir recherché des mécanismes susceptibles de faciliter la vie de ses clients. C’est ainsi qu’il s’est intéressé aux modes alternatifs de règlement des différends, notamment à l’arbitrage.

Selon lui, cette procédure offre aux parties la possibilité de choisir un arbitre, autrement dit un juge privé, pour trancher leur litige. Il y voit plusieurs avantages : la confidentialité des échanges et des décisions, la maîtrise des coûts, la célérité du traitement des dossiers et l’impartialité de l’arbitre.

Contrairement aux audiences judiciaires ordinaires, qui se déroulent en principe publiquement, l’arbitrage permet aux parties de régler leurs différends dans un cadre privé et confidentiel. Une discrétion particulièrement appréciée dans le monde des affaires.
Me Ezoua Ackah Bole distingue également deux formes d’arbitrage : l’arbitrage institutionnel et l’arbitrage ad hoc. Dans le premier cas, un centre d’arbitrage assure la gestion administrative et le secrétariat de la procédure, tandis que l’arbitre rend sa décision. Dans le second, l’arbitre choisi par les parties organise lui-même la procédure.

Mais au-delà des avantages procéduraux, son plaidoyer porte surtout sur la préservation du tissu économique. Pour lui, les modes alternatifs de règlement des différends constituent un moyen de protéger les relations commerciales et d’éviter que des conflits interminables ne fragilisent les entreprises.

« L’objectif dans l’espace OHADA, c’est de sauvegarder les relations d’affaires et l’économie des entreprises. Il faut éviter que les entreprises se cassent, parce qu’elles sont pourvoyeuses d’emplois », souligne-t-il.
Son ambition est donc d’accompagner les opérateurs économiques bien avant l’apparition des conflits. Cela passe notamment par le conseil et l’assistance dans la rédaction des contrats, afin d’y prévoir des mécanismes adaptés de règlement des différends.

Il compare d’ailleurs le contrat à un mariage : « On est convaincu qu’on va y arriver, mais on ne connaît pas les embûches. » D’où l’intérêt, selon lui, de faire appel à un professionnel capable d’anticiper les difficultés et de prévoir des portes de sortie en cas de désaccord.

Désormais diplômé, il entend mettre cette expertise au service des entreprises ivoiriennes et des opérateurs économiques de l’espace OHADA. Il a d’ailleurs indiqué avoir invité certaines entreprises partenaires à la cérémonie, afin de leur faire découvrir davantage l’intérêt de ces mécanismes dans la gouvernance de leurs activités.

Pour les 31 récipiendaires, cette graduation marque donc bien plus qu’une simple remise de parchemins. Elle ouvre une nouvelle étape professionnelle. Médiation professionnelle, médiation familiale et arbitrage sont autant de domaines dans lesquels ces nouveaux diplômés sont désormais appelés à mettre leur savoir-faire au service du dialogue et du règlement pacifique des différends.

Car, dans une société où les conflits peuvent rapidement prendre des proportions inattendues, mieux vaut avoir des spécialistes capables de calmer le jeu que des personnes qui soufflent sur les braises !
Bravo aux 31 nouveaux diplômés !

Sacré Abel
Nasopresse.com