Il est temps de remettre certaines pendules à l’heure !
À écouter certaines femmes dans notre société, on finirait par croire que le mariage est une entreprise de prestation de services dont l’homme serait le financier attitré et la femme, l’unique bénéficiaire.
Monsieur doit tout payer, tout prendre en charge, tout assumer. Même les dépenses de sa belle-famille. Madame, quant à elle, n’aurait pratiquement aucune obligation, si ce n’est quelques menus services domestiques, quand elle veut bien s’en acquitter.
Mais au fait, que devient donc cette fameuse femme présentée comme une « aide » pour son homme ? Une belle formule qui fait merveille pendant les fiançailles, mais qui semble parfois perdre toute sa substance dès que le mariage est célébré !
On dirait que certains hommes découvrent, après avoir signé le contrat matrimonial, qu’ils ont également souscrit à un abonnement illimité de prise en charge financière !
Soyons sérieux !
En Côte d’Ivoire, les femmes se sont battues, et continuent de se battre, pour leurs droits, leur autonomie et l’égalité entre les sexes. Ce combat est légitime. Il est même consacré par notre Constitution et par les textes qui régissent le mariage.
L’article 4 de la Constitution ivoirienne du 8 novembre 2016 proclame que tous les Ivoiriens naissent et demeurent libres et égaux en droit. Il interdit expressément toute discrimination fondée sur le sexe.
Mieux, la loi n° 2019-570 du 26 juin 2019 relative au mariage a consacré une évolution majeure dans les rapports entre époux.
Son article 47 dispose clairement que les époux assurent ensemble la direction morale et matérielle de la famille. L’homme n’est donc plus juridiquement le chef de famille auquel la femme devrait être subordonnée.
Mais il y a mieux encore !
L’article 52 de cette même loi est sans ambiguïté : « Les époux contribuent aux charges du ménage à proportion de leurs facultés respectives. »
Vous avez bien lu : leurs facultés respectives !
La loi ne dit pas que l’homme doit supporter toutes les charges pendant que la femme se contente de réclamer son dû. Elle ne dit pas non plus que la contribution féminine doit être symbolique ou facultative.
Elle établit un principe de responsabilité partagée, proportionnellement aux capacités de chacun. Et elle reconnaît même que cette contribution peut être apportée par l’activité au foyer.
Voilà qui devrait suffire à dissiper quelques malentendus !
Dès lors, il devient particulièrement incongru de revendiquer bruyamment l’émancipation, l’indépendance et l’égalité des sexes, tout en considérant que les obligations financières et matérielles du couple demeurent exclusivement masculines.
On ne peut pas réclamer les privilèges de l’égalité et conserver les avantages d’une dépendance que l’on prétend combattre.
On ne peut pas vouloir le beurre, l’argent du beurre et, pourquoi pas, le propriétaire de la crémerie !
L’émancipation n’est pas un catalogue de droits dans lequel on pioche uniquement ce qui nous arrange. Elle suppose aussi l’autonomie, la participation, la responsabilité et le sens du devoir.
Naturellement, il ne s’agit nullement de nier les réalités économiques, les inégalités de revenus, les sacrifices consentis par les femmes au foyer ou les situations dans lesquelles un homme dispose de moyens largement supérieurs à ceux de son épouse. La loi elle-même tient compte de ces différences de capacités.
Il ne s’agit pas davantage d’imposer une égalité arithmétique des dépenses. Il s’agit de défendre une égalité de considération et une juste répartition des responsabilités.
Mais enfin, l’homme n’est ni un distributeur automatique de billets, ni une institution bancaire privée, ni un programme permanent de prise en charge sociale de son épouse !
Le mariage est une communauté de vie, pas un contrat d’entretien à sens unique.
Il est donc temps que certaines femmes comprennent que l’égalité qu’elles revendiquent ne saurait être à géométrie variable.
La liberté a des exigences. L’autonomie implique des responsabilités. Et l’égalité ne saurait être invoquée uniquement lorsqu’elle procure des avantages.
Notre position est claire. OUI à l’émancipation des femmes ! OUI à l’égalité des sexes ! OUI à l’indépendance économique et à la liberté des femmes !
Mais OUI également à la responsabilité partagée, à la solidarité conjugale et au respect des obligations réciproques !
Nous ne voulons ni d’un homme dominateur, ni d’une femme entretenue par obligation sociale. Nous voulons des couples de partenaires, pas des relations entre un bailleur de fonds et une bénéficiaire permanente.
Car, au bout du compte, une véritable égalité ne consiste pas à remplacer une domination masculine par une exploitation masculine.
L’égalité n’est pas un privilège féminin. C’est un principe de justice qui engage les deux sexes. Et les droits que l’on revendique doivent aller de pair avec les responsabilités que l’on assume !
Edmond Clégbaza
Président de l’ONG Chaîne d’Espoir