Côte d’Ivoire / Yopougon / La FGT-CI dévoile les ambitions de la nouvelle Intersyndicale des Centrales Autonomes d’Afrique

1 031

Le président de la Fédération Générale des Travailleurs de Côte d’Ivoire (FGT-CI), Evariste Koudou Zegbeuh, a officiellement présenté la Déclaration de Dakar, le mardi 25 août 2026, lors d’un point de presse organisé au siège de son organisation à Yopougon Sicogi, à proximité du commissariat du 16ᵉ arrondissement.

Devant la presse, le responsable syndical est revenu sur les grandes lignes de cette initiative née de sa récente mission au Sénégal. Du 1er au 8 août 2026, Evariste Koudou Zegbeuh a séjourné à Dakar où il a échangé avec Moussa Sissokho, Secrétaire général de la Fédération Générale des Travailleurs du Sénégal (FGTS-B). Cette rencontre entre les deux responsables a permis de jeter les bases d’un partenariat syndical appelé à dépasser les frontières de la Côte d’Ivoire et du Sénégal.

C’est ainsi qu’a été adoptée, le 7 août 2026 à Dakar, une déclaration commune portant création de l’Intersyndicale des Centrales Autonomes d’Afrique (ICAA). À travers cette structure, les deux organisations entendent construire un espace de concertation et d’action destiné aux centrales syndicales africaines désireuses de préserver leur autonomie et leur indépendance.

Une réponse aux défis du monde du travail

La création de l’ICAA intervient dans un contexte où le monde du travail africain connaît de profondes transformations. La montée de l’emploi précaire, le poids grandissant de l’économie informelle, les difficultés liées au dialogue social et les mutations économiques constituent des préoccupations majeures pour les travailleurs et leurs organisations représentatives.

Face à ces réalités, la FGT-CI et la FGTS-B veulent promouvoir une action syndicale plus structurée et davantage coordonnée. Leur ambition est de fédérer progressivement d’autres centrales autonomes d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale autour d’une vision commune de la défense des travailleurs.

L’indépendance à l’égard des partis politiques, des pouvoirs publics et des différents groupes d’intérêts figure parmi les principes essentiels mis en avant par les initiateurs de cette nouvelle organisation.

Former, dialoguer et défendre les travailleurs

La Déclaration de Dakar ne se limite pas à la mise en place d’une nouvelle structure syndicale. Elle définit également plusieurs projets destinés à renforcer les capacités des organisations et de leurs responsables.

Parmi les grandes orientations annoncées figurent la création d’une Université syndicale panafricaine, d’un Parlement syndical africain et d’Observatoires du monde du travail. Ces différents instruments devraient contribuer à la formation des cadres syndicaux, à l’amélioration de la concertation et au suivi de l’application des règles relatives au travail.

La coopération entre la Côte d’Ivoire et le Sénégal prévoit aussi un travail d’analyse comparative des législations sociales des deux pays. Une veille juridique devrait notamment être organisée dans plusieurs secteurs considérés comme stratégiques, notamment l’énergie, le pétrole, l’agriculture, les mines et les collectivités territoriales.

Vers une solidarité syndicale renforcée

Les deux organisations ont également prévu la mise en place d’un comité paritaire chargé du suivi des actions décidées, ainsi que la création d’un mécanisme d’appui mutuel. L’objectif est d’accompagner la mise en œuvre des programmes communs et de mieux anticiper les éventuels conflits sociaux.

La lutte contre la précarité de l’emploi occupe une place importante dans les priorités de la future intersyndicale. Les promoteurs de l’ICAA souhaitent également participer à l’organisation progressive du secteur informel et renforcer la représentation des travailleurs africains auprès des institutions régionales, continentales et internationales.

Le président Evariste Koudou Zegbeuh lors de son séjour au Sénégal. Photo : I.F

La CEDEAO, l’UEMOA, l’Union africaine et l’Organisation internationale du travail devraient ainsi constituer des espaces dans lesquels l’ICAA entend faire entendre davantage la voix des travailleurs du continent.

Le projet d’une Banque des travailleurs

L’un des projets les plus marquants contenus dans la Déclaration de Dakar est la volonté de créer une Banque des travailleurs. Cette initiative traduit l’ambition des promoteurs de développer des instruments économiques susceptibles d’accompagner les travailleurs et de renforcer leur autonomie.

La Déclaration prévoit par ailleurs que les informations sensibles échangées entre les organisations membres soient protégées dans un esprit de confiance, de loyauté et de solidarité.

Conclu pour une durée indéterminée, l’accord signé à Dakar par Moussa Sissokho et Evariste Koudou Zegbeuh constitue le socle fondateur de l’Intersyndicale des Centrales Autonomes d’Afrique. Les textes devant régir le fonctionnement de la nouvelle organisation seront élaborés par un comité technique conjoint avant la tenue d’un Congrès constitutif.

À Yopougon, la présentation publique de cette Déclaration de Dakar marque donc une étape importante pour la FGT-CI et ses partenaires sénégalais. À travers l’ICAA, les initiateurs veulent faire émerger une nouvelle force de coopération syndicale africaine, capable de défendre les intérêts des travailleurs et de répondre collectivement aux défis économiques et sociaux du continent.

Ibo François
Nasopresse.com