Côte d’Ivoire / Emploi des jeunes / Jean Roland Téhi appelle à une “révolution de l’employabilité” pour sauver une génération

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À l’occasion d’une prise de parole engagée devant un parterre de jeunes leaders et d’acteurs institutionnels ce 18 avril 2026 lors de la conférence Business à Abidjan, Jean Roland Téhi, président de Génération Esdras a tiré la sonnette d’alarme sur la question cruciale de l’employabilité des jeunes en Côte d’Ivoire. Un enjeu qu’il qualifie sans détour d’« urgence politique », bien au-delà des simples considérations économiques.

M Jean Roland Téhi, président de Génération Esdras. Photo: J.R.T

Dans un pays où plus de 60 % de la population a moins de 35 ans, l’intervenant a insisté sur la nécessité de dépasser les lectures purement démographiques de cette réalité. « Derrière cette jeunesse, il y a des diplômés sans emploi, des compétences non reconnues, des talents inexploités et, trop souvent, des rêves suspendus », a-t-il déploré.

Si les indicateurs macroéconomiques affichent un taux de chômage relativement faible, estimé à 2,3 % en 2024, Jean Roland Téhi estime que ces chiffres masquent une réalité plus préoccupante : celle d’une employabilité insuffisante et inadaptée aux exigences du marché.

Pour répondre efficacement à cette problématique, il propose une approche structurée autour de trois axes majeurs.

Le premier concerne la formation, qu’il juge largement déconnectée des besoins réels du marché du travail. Il appelle ainsi à une refonte du système éducatif, avec un accent particulier sur les compétences d’avenir telles que le numérique, l’entrepreneuriat, les métiers techniques et l’économie verte.

Le deuxième pilier repose sur l’équité dans l’accès aux opportunités. Selon lui, l’employabilité ne doit plus être un privilège réservé aux jeunes urbains ou issus de milieux favorisés. Les jeunes des zones rurales, les femmes et les populations marginalisées doivent bénéficier des mêmes chances d’insertion, de financement et de réseautage.

Enfin, le troisième axe met en avant la nécessité de bâtir un environnement économique inclusif. Cela passe par un soutien accru aux PME, la promotion de l’innovation et la mise en place de politiques publiques ambitieuses, en synergie avec un secteur privé plus engagé.

Tout en reconnaissant les efforts déjà consentis, notamment à travers des initiatives comme le programme emploi jeunes qui a permis à des milliers de bénéficiaires d’accéder à des stages et dispositifs d’insertion, Jean Roland Téhi plaide pour un changement profond d’approche.

« L’employabilité des jeunes doit être un choix stratégique et non une gestion de crise », a-t-il affirmé, appelant à passer de politiques descendantes à des démarches co-construites avec les jeunes, d’une insertion passive à une autonomisation active, et de programmes ponctuels à des stratégies durables.

Dans un message fort, il a tenu à rappeler que les jeunes ne sont pas de simples bénéficiaires des politiques publiques, mais de véritables acteurs de transformation.

S’adressant directement à eux, il les a exhortés à croire en leur potentiel, à faire entendre leur voix et à s’engager activement dans la construction du pays. Toutefois, il souligne que cette responsabilité doit être partagée.

Il lance ainsi un appel aux décideurs politiques pour des réformes structurelles ambitieuses, au secteur privé pour investir dans les talents locaux, aux partenaires techniques et financiers pour accompagner des solutions durables, ainsi qu’à la société civile pour maintenir le plaidoyer.

Enfin, Jean Roland Téhi a rappelé que l’employabilité des jeunes dépasse le cadre sectoriel. Elle constitue un levier essentiel de stabilité, de justice sociale et de développement durable.

« Investir dans la jeunesse, c’est investir dans la paix et la prospérité », a-t-il soutenu, avant d’inviter l’ensemble des acteurs à agir sans délai.

Car, selon lui, « un jeune sans perspective est un talent perdu, mais un jeune accompagné devient un puissant moteur de transformation ».

Moussa Camara

Nasopresse.com