Côte-d’Ivoire / FNER 2026 / Entre promesses étatiques et désillusion de la jeunesse, l’envers du décor du Palais de la Culture

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Ce mercredi 20 mai 2026, les lampions se sont éteints sur la 3ème édition de la Foire Nationale de l’Emploi et du Recrutement (FNER 2026) au Palais de la Culture de Treichville. Si le gouvernement dresse un bilan triomphaliste chiffré à coups de milliards, sur le terrain, le cri de cœur d’une jeunesse désabusée dénonce une « mise en scène » sur fond de couacs organisationnels.

Le triomphalisme officiel : 86 000 opportunités et le pari du mérite

C’est un Mamadou Touré résolument offensif et confiant qui a marqué la clôture de cette édition 2026. Le ministre de la Promotion de la Jeunesse, de l’Insertion professionnelle et du Service civique n’a pas tari d’éloges sur la « synergie gouvernementale » ayant permis de mobiliser des dizaines de structures d’orientation.

Pour le gouvernement, l’heure est aux résultats palpables. Face à la presse, le ministre a martelé sa volonté de garantir une insertion directe : « Nous avons mis l’accent sur les opportunités concrètes afin qu’aucun jeune ne quitte cette foire sans perspective réelle d’insertion. »

Au total, le bilan officiel affiche des chiffres vertigineux : 86 178 opportunités mobilisées, dont 50 000 stages d’immersion et jobs de vacances, ainsi que 36 178 opportunités professionnelles (incluant 6 767 emplois directs, des contrats de pré-emploi et des projets THIMO). À cela s’ajoute une enveloppe de 4 milliards de FCFA débloquée pour le financement des projets entrepreneuriaux.

Mamadou Touré a également profité de la tribune pour envoyer un message fort sur l’équité sociale, brisant le mythe du favoritisme : « Il est possible de réussir sans connaître quelqu’un. Il est possible d’être compétent et d’obtenir une opportunité », a-t-il soutenu, avant d’annoncer le déploiement de la FNER dans 25 régions de l’intérieur du pays dès le 1er juin prochain.

Le choc des réalités : Le grand rachat des recruteurs et le fiasco de l’AEJ

Pourtant, derrière le vernis des discours officiels et le ballet des caméras, l’atmosphère était bien plus lourde dans les allées du Palais de la Culture. Très vite, l’enthousiasme des milliers de jeunes demandeurs d’emploi a laissé place à la frustration.

En cause ? Un flagrant manque de préparation logistique et technique imputé aux Agences Emploi Jeunes (AEJ). Selon des sources proches du dossier, plusieurs recruteurs ont été pris de court en voyant défiler des candidats dont les profils ne correspondaient en rien aux postes à pourvoir. L’AEJ aurait envoyé des convocations massives d’entretien sans aucune présélection en amont. Pire encore, des entreprises phares ont tout simplement brillé par leur absence.

« Nous avons reçu des notifications nous convoquant à 8h pour des entretiens précis », témoigne un candidat dépité. « À notre grande surprise, les recruteurs sur place n’étaient pas informés, affirmant que nos profils ne collaient pas du tout aux critères. Les horaires n’ont pas été respectés, et certains d’entre nous se sont retrouvés avec plusieurs entretiens simultanés sur leurs convocations ! »

À ce désordre organisationnel s’est ajoutée une lourdeur administrative très critiquée. Des candidats ont déploré l’obligation de se réinscrire sur les plateformes digitales des entreprises après avoir déposé leur CV physique. Une procédure chronophage et coûteuse en données internet pour une jeunesse déjà précarisée.

« Qu’on cesse de nous vendre des illusions. »

Pour de nombreux participants, le vernis de la méritocratie prôné par le ministre a craqué sous le poids du clientélisme ambiant. Sous le sceau de l’anonymat, un jeune diplômé fustige ce qu’il qualifie de « foire aux recommandations » :
« Certains viennent de la part de connaissances et sont directement introduits auprès des recruteurs. C’est surtout une mise en scène pour montrer que le gouvernement travaille : regardez toutes ces caméras braquées sur nous déjà épuisé par la fraîcheur et l’eau de pluie et surtout par l’effet de leur organisation! Tout ça pour quoi ? Que nos gouvernants cessent de vendre des illusions à nos parents et au reste du monde. Nous souffrons et, malgré nos efforts, aucune solution réelle n’est trouvée. »

Et de conclure avec amertume : « Il faut que l’on comprenne que nous, les jeunes, voulons un véritable changement en matière d’employabilité. »

Alors que la FNER s’apprête à entamer sa tournée nationale en région, ce fossé criant entre la communication gouvernementale et l’expérience vécue par les demandeurs d’emploi pose une question cruciale : la politique de l’emploi jeune en Côte d’Ivoire est-elle une solution concrète ou une vitrine politique ? Le rendez-vous du 1er juin dans l’arrière-pays sera un test décisif.

Ferdinand KEYN
Nasopresse.com