Lors d’un atelier sur la communication environnementale, le Directeur Général du Centre Ivoirien Antipollution (CIAPOL), le Professeur Yapo Ossey Bernard, a dressé un diagnostic sans concession de la crise du plastique en Côte d’Ivoire. Entre urgence sanitaire, échec de la répression et inertie des négociations internationales, le patron du CIAPOL prône un changement radical de stratégie.
Le Désastre Plastique en Chiffres
• 200 000 tonnes : Volume de sachets plastiques produits chaque année sur le territoire national (hors filière cacao).
• 15 milliards FCFA : Valeur économique estimée de cette production nationale.
• 1 000 emplois : Effectif soutenu par la filière (secteurs formel et informel confondus).
• 20 % de valorisation : Le taux critique de recyclage. Les 80 % restants sont abandonnés dans la nature, polluant sols, cours d’eau et lagunes.
• 400 ans : Temps nécessaire pour la fragmentation du plastique en micro et nanoplastiques.
Loin de se dégrader, le plastique se fragmente en particules micrométriques et nanométriques. Ces polluants s’infiltrent dans la chaîne alimentaire, perturbent la pêche artisanale, où les filets remontent parfois plus de déchets que de poissons, et provoquent l’obstruction des cours d’eau, aggravant les inondations à Abidjan. Plus grave encore, le Professeur Yapo Ossey Bernard alerte sur la présence de nanoplastiques capables de traverser la barrière placentaire, contaminant les fœtus avant même leur naissance.
Malgré l’arsenal juridique existant, notamment le décret de 2013 interdisant les sachets plastiques, l’application sur le terrain sombre face au poids des habitudes socio-économiques (consommation quotidienne de placali, foutou ou sauces en sachet) et à la défiance du secteur informel.
Face à ce constat, le CIAPOL plaide pour un contrôle équitable et la mise en œuvre stricte de la Responsabilité Élargie du Producteur (REP) :
• Sanctionner le laisser-faire : L’absence de contrôle pénalise les entreprises formelles (pharmacies, boulangeries) qui avaient fait l’effort d’adopter le papier kraft, pour finalement faire marche arrière.
• Responsabiliser les industriels : Les marques d’eau et de sodas dont les bouteilles étouffent la lagune Ébrié doivent assumer le coût du nettoyage et de la collecte de leurs emballages.
Alors que les négociations pour un traité mondial sur le plastique piétinent, bloquées sur la question du plafonnement de la production et reportées à 2027, la Côte d’Ivoire refuse l’attentisme :
• Stratégie Nationale : Un projet de feuille de route nationale a été soumis au Conseil des Ministres pour validation afin d’inverser la courbe et viser, à terme, le « zéro déchet ».
• L’exemple par soi-même : Le CIAPOL applique la tolérance zéro dans ses propres locaux en bannissant les bouteilles en plastique au profit de bonbonnes d’eau et de verres en carton.
Moussa Camara
Nasopresse.com