À quelques jours de la célébration de l’indépendance de la Côte d’Ivoire, le Syndicat national des personnels de l’enseignement privé de Côte d’Ivoire (SYNAPE-CI) a lancé un vibrant appel aux plus hautes autorités de l’État. Lors d’une conférence de presse tenue ce samedi 2 août 2026 à Abidjan, l’organisation syndicale a dressé un tableau qu’elle qualifie de « dramatique » des conditions de vie et de travail des personnels de l’enseignement privé, dénonçant une « marchandisation sauvage » de l’éducation et appelant à des réformes urgentes.
A genoux devant la Nation, le SG du SYNAPE-CI, Yoboué Kouakou appelle Ouattara au secours des enseignants. Photo: Moussa Camara
Dans une déclaration au ton grave, le Secrétaire général du SYNAPE-CI, Yoboué Kouakou, a rendu hommage aux enseignants décédés « dans l’indifférence et le dénuement », faute notamment de couverture sociale, avant d’inviter l’assistance à observer une minute de silence en leur mémoire.
Le syndicat affirme que les personnels du privé, qui assurent l’encadrement d’une grande partie des élèves ivoiriens, vivent depuis plusieurs décennies dans des conditions de précarité extrême.
Selon le SYNAPE-CI, les enseignants, directeurs des études, éducateurs, comptables et correspondants fichiers sont confrontés à une baisse continue de leur pouvoir d’achat. Le syndicat souligne qu’un professeur licencié percevait 193 896 FCFA en 1988, contre 128 283 FCFA selon le barème de 2023, malgré une forte hausse du coût de la vie.
L’organisation dénonce également le non-respect de la législation sociale, affirmant que 86,7 % des enseignants du primaire privé et 85,7 % de ceux du secondaire seraient rémunérés en dessous du salaire minimum légal.
Le SYNAPE-CI a également révélé les résultats d’un recensement réalisé du 23 au 25 juillet 2026 dans plusieurs régions du pays.
Selon les données présentées, 33 enseignants interrogés dans 25 établissements privés répartis dans 14 localités et 7 régions ont témoigné de retards importants de paiement des salaires. Le syndicat évoque des situations allant d’au moins trois mois de salaires impayés, avec des cas extrêmes comme à Tiéningboué, où certains travailleurs cumuleraient jusqu’à 72 mois d’arriérés de salaires liés aux périodes de vacances.
Le phénomène toucherait aussi bien les établissements préscolaires, primaires que secondaires, ainsi que toutes les disciplines d’enseignement, des mathématiques aux langues vivantes, en passant par les sciences, le droit et l’EPS.
Réfutant les explications avancées par certains promoteurs d’établissements privés, le SYNAPE-CI estime que les difficultés salariales ne peuvent être imputées aux retards de paiement de l’État.
Le syndicat affirme qu’au 30 juin 2025, l’État avait réglé 98,51 % des frais de scolarité dus aux fondateurs, estimant que les ressources existent mais ne profiteraient pas aux travailleurs.
Profitant de la proximité du discours présidentiel du 6 août, le SYNAPE-CI interpelle directement le Chef de l’État afin que la situation des personnels de l’enseignement privé soit inscrite parmi les priorités nationales.
Le syndicat rappelle que près de 987 638 élèves sont affectés chaque année dans les établissements privés par l’État, estimant que leur prise en charge repose sur des enseignants « affamés et humiliés ».
Face à cette situation, le syndicat formule plusieurs demandes aux autorités ivoiriennes :
- conditionner le versement des subventions publiques au paiement effectif des salaires et à la déclaration des travailleurs à la CNPS ;
- ouvrir une enquête sur la gestion des 3 milliards de FCFA du fonds « Spéciale Dévaluation », évoqués par le syndicat depuis 1994 ;
- mettre en place une solution d’urgence pour les personnels privés de salaire depuis plusieurs mois ;
- réviser le barème salarial conformément aux réalités économiques de 2026, dans l’esprit du protocole d’accord de 1982 qui consacrait le principe « À travail égal, traitement égal » entre les enseignants du public et du privé.
Répondant aux questions des journalistes, le Secrétaire général du SYNAPE-CI a dénoncé une pratique qu’il juge contraire au Code du travail. Il affirme que de nombreux enseignants totalisant plus de deux années d’ancienneté continuent d’être maintenus sous contrat à durée déterminée et ne sont rémunérés que sur huit ou sept mois, alors qu’ils devraient bénéficier d’un contrat à durée indéterminée et d’un salaire sur douze mois. Le syndicat indique avoir recensé des cas de personnels exerçant depuis plus de sept ans dans ces conditions.
Le SYNAPE-CI indique avoir déjà saisi plusieurs institutions nationales, notamment la Direction des affaires juridiques du ministère de l’Éducation nationale, la Direction générale du Travail, la CNPS ainsi que le Conseil consultatif de l’Éducation nationale. À l’issue de cette conférence de presse, le syndicat annonce également le dépôt de nouveaux courriers destinés au Président de la République, au Premier ministre, au Président de l’Assemblée nationale ainsi qu’aux ministères concernés, afin d’obtenir des réponses concrètes à ses revendications.
A la fin de sa déclaration, le SYNAPE-CI estime que la célébration de l’indépendance nationale ne saurait occulter les difficultés persistantes du secteur éducatif privé.
« L’indépendance d’un pays commence par l’indépendance de son école vis-à-vis de la misère. Les 90 000 travailleurs de l’enseignement privé attendent un signal fort », a déclaré le Secrétaire général du syndicat, appelant les pouvoirs publics à engager des mesures concrètes en faveur des personnels de l’enseignement privé. Et c’est à genoux devant la Nation, que le SG du SYNAPE-CI, Yoboué Kouakou a appelé le président de la République, Alassane Ouattara au secours des enseignants.
Moussa Camara
Nasopresse.com