Le Projet de Mise en Place d’un Mécanisme d’Assurance Récolte Indicielle en Côte-d’Ivoire (PASSIR) a franchi une étape décisive ce mardi 2 septembre 2026 à Yamoussoukro. Un atelier majeur de sensibilisation et de renforcement des capacités réunissant l’ensemble des acteurs de la filière rizicole s’est tenu afin d’enraciner ce nouvel outil de sécurisation financière dans le paysage agricole ivoirien.

Organisé à l’attention des organisations professionnelles agricoles, des décideurs, des institutions financières et des sociétés d’assurances, cet atelier visait à démystifier l’assurance indicielle tout en recueillant les réalités du terrain. La cérémonie d’ouverture a été marquée par l’intervention de M. Kokora Diby Alexandre, Directeur Général de la Planification, des Statistiques et des Projets, représentant M. Bruno Nabagné-Koné, Ministre de l’Agriculture, du Développement Rural et de la Production Vivrière.

Sécuriser la production face à l’imprévisibilité climatique
L’agriculture ivoirienne fait face à une accentuation des incertitudes climatiques : saisons sèches prolongées, pluies violentes ou tardives et risques d’inondations.
Dans son discours d’ouverture, M. Kokora Diby Alexandre a souligné la vulnérabilité intrinsèque du secteur :
« L’agriculture est un secteur par nature exposé à l’incertitude. Produire est une chose, garantir que cette production va effectivement pouvoir être récoltée en est une autre. Notre rôle est d’apporter des réponses concrètes pour protéger les investissements et le labeur de nos producteurs. »

Dépassant la seule quête d’accroissement des rendements, le PASSIR entend créer un environnement de confiance pour l’ensemble de l’écosystème. En garantissant une couverture contre les sinistres naturels, ce mécanisme vise notamment à rassurer les établissements bancaires et les partenaires financiers, souvent réticents à octroyer des crédits aux agriculteurs sans garanties solides.
Le riz : Fer de lance de la souveraineté alimentaire
Le choix de la filière rizicole pour cette étape clé n’est pas anodin. Dans la vision stratégique du gouvernement visant l’autosuffisance alimentaire d’ici 2030, le riz a été hissé au rang de priorité absolue parmi les spéculations vivrières.
Bien que la phase pilote du PASSIR intègre également le coton et le palmier à huile, la filière riz demeure la pierre angulaire du dispositif.
L’objectif affiché est clair : « Produire ce que nous consommons et consommer ce que nous produisons localement », tout en garantissant la rentabilité des exploitations.
L’Assurance Indicielle : Mode d’emploi et co-construction
Contrairement aux assurances classiques fondées sur l’évaluation individuelle des dégâts, l’assurance indicielle s’appuie sur des paramètres objectifs et modélisés (tels que les données pluviométriques ou satellitaires).
En cas de dépassement des seuils critiques (sécheresse ou excès d’eau), les indemnisations sont déclenchées de manière transparente.

Pour réussir ce changement de paradigme, le Ministère et ses partenaires misent sur une approche participative. M. Kokora Diby Alexandre a appelé les producteurs à s’approprier les échanges :
« Rien ne doit se faire pour vous sans vous. Vos réalités de terrain doivent alimenter la modélisation des experts et des assureurs. Plus le risque est maîtrisé et compris, plus la prime d’assurance sera accessible. »
Vers une agriculture moderne et financée : Le rôle stratégique du PNIA 3
Ce projet bénéficie de l’appui financier et technique de la Banque Ouest-Africaine de Développement (BOAD), partenaire stratégique de l’État ivoirien, ainsi que de l’expertise du cabinet PANAL pour la formation des acteurs.
Le mécanisme s’insère directement dans la formulation de la troisième génération du Programme National d’Investissement Agricole (PNIA 3).
Le PENIA 3 ambitionne de faire basculer l’agriculture ivoirienne d’une puissance traditionnelle vers une ère de modernité agro-industrielle compétitive à l’échelle continentale et mondiale.
En clôturant son propos, le représentant du Ministre a rendu un hommage appuyé aux agriculteurs ivoiriens, rappelant que tout projet de développement doit, in fine, converger vers l’amélioration du bien-être et des conditions de vie de ceux qui nourrissent la nation.
Ferdinand KEYN
Nasopresse.com