Côte d’Ivoire / Drame du Probo Koala, 20 ans après : « Nous ne demandons pas la charité, nous demandons Justice, Dignité et Mémoire », Denis Yao Pipira

Abidjan, IVORY COAST: Two civil protection workers pass by a bulldozer clearing a site polluted with toxic waste at the Akouedo district in Abidjan 19 September 2006. In mid-August the Probo Koala ship unloaded in Abidjan more than 500 tonnes of a highly toxic mixture of oil residue and caustic soda used to rinse out the ship's tanks. The poisons are known to cause nausea, rashes, fainting, diarrhoea and headaches. Besides the seven deaths, 24 people are still hospitalized and more than 37,000 have sought medical treatment. AFP PHOTO/Issouf SANOGO (Photo credit should read ISSOUF SANOGO/AFP via Getty Images)
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Vingt ans jour pour jour après la plus grave catastrophe sanitaire et environnementale de l’histoire moderne de la Côte d’Ivoire, la douleur reste vive. Ce 19 août 2006, le déversement des déchets toxiques du navire Probo Koala, affrété par la société Trafigura, plongeait Abidjan et plusieurs régions du pays dans le chaos. Deux décennies plus tard, les associations de victimes montent au créneau pour exiger réparation, dignité et application stricte de la justice.

Dans une déclaration poignante transmise à notre rédaction, Denis Yao Pipira, Président de l’Union Nationale des Associations des Victimes des Déchets Toxiques de Côte d’Ivoire (UNAVDT-CI) et de la Fédération Nationale (FENAVIDET-CI), dresse un bilan sans concession de ce vingtième anniversaire.

« Il y a 20 ans, jour pour jour, notre pays était frappé par une catastrophe sans précédent », rappelle d’emblée le leader associatif. Vingt ans après, le constat est implacable : « La douleur est toujours vive, les plaies ne sont pas cicatrisées. Des familles pleurent encore leurs morts. Des survivants vivent encore avec des séquelles physiques, psychologiques et économiques. »

Rappelant le lourd tribut payé par la population,17 morts officiellement recensés les premières 72 heures, des dizaines de milliers d’intoxiqués et des quartiers entiers contaminés, le mouvement insiste sur le devoir de mémoire : « C’est un pan douloureux de notre histoire. Nous ne devons pas oublier. »

Malgré la longueur du combat, une lueur d’espoir plane sur cette commémoration. La justice internationale a fini par trancher. Les représentants des victimes annoncent une avancée majeure issue de la Cour de Cassation d’Amsterdam, ouvrant la voie à l’indemnisation de plus de 600 000 victimes.

La Fondation STICHTING VDTCI, créée spécifiquement pour la cause, s’affaire à finaliser le processus. Selon les responsables, et sous un œil vigilant conjugué au soutien de l’État, les indemnisations effectives devraient intervenir très prochainement.

Tournant le dos au défaitisme, les organisations de victimes unissent leurs voix pour poser quatre revendications claires et urgentes aux autorités et aux partenaires :
1. Un suivi médical gratuit et permanent pour tous les survivants et ayants droit.
2. L’indemnisation complète de toutes les victimes dûment recensées ainsi que de celles oubliées par le passé.
3. La certification officielle de la dépollution totale des sites contaminés.
4. L’érection d’un mémorial national afin que les générations futures n’oublient jamais ce drame.

 

 

« 20 ans après, nous ne demandons pas la charité. Nous demandons Justice, Dignité et Mémoire. L’Afrique, la Côte d’Ivoire et ses enfants méritent respect », martèle Denis Yao Pipira en guise de conclusion.

Alors que le pays commémore cette triste date anniversaire, le combat pour la vérité et la réparation totale des préjudices subis par le peuple ivoirien entre dans une phase décisive.

Moussa Camara
Nasopresse.com