« On ne mord pas la main qui te donne à manger. » Le proverbe est connu, parfois rude, souvent invoqué pour dénoncer l’ingratitude. Il s’invite aujourd’hui dans le débat suscité par la sortie du 12 février 2026 de Tiken Jah Fakoly, dans laquelle l’artiste ivoirien a mis en doute l’unité proclamée par l’Alliance des États du Sahel (AES), insinuant que cette alliance pourrait servir à éviter l’organisation d’élections démocratiques.

Le chanteur a questionné la cohérence d’une union composée de « trois présidents, trois gouvernements et trois agendas nationaux ». Une critique qui vise indirectement les autorités du Mali, du Burkina Faso et du Niger, engagées dans des transitions militaires dont les échéances électorales demeurent floues.
La liberté d’expression autorise la critique, surtout lorsqu’elle porte sur la démocratie. Mais le rappel du proverbe prend, pour certains, une résonance particulière. Au plus fort de la crise politico-militaire dans son pays, la Côte d’Ivoire, Tiken Jah Fakoly avait trouvé refuge au Mali, où il a longtemps résidé et poursuivi sa carrière.
Bamako fut alors pour lui un havre, un espace de protection et d’expression artistique.
Dès lors, ses propos actuels sont perçus par certains comme une forme de désaveu envers un pays qui l’a accueilli dans les moments difficiles. D’autres, au contraire, estiment que la reconnaissance n’implique pas le silence et que l’amitié véritable autorise la franchise.
Au-delà de l’émotion, une question de fond demeure : les élections constituent-elles, à elles seules, la clef du changement et du développement en Afrique ? L’expérience du continent montre que des scrutins réguliers n’ont pas toujours empêché les crises institutionnelles ni garanti l’alternance effective.
Le débat est d’autant plus sensible que la Côte d’Ivoire elle-même fait face à des interrogations sur la longévité du pouvoir. Le président Alassane Ouattara exerce un quatrième mandat, sujet de controverse que l’artiste évoque rarement avec la même vigueur que ses critiques sahéliennes, selon ses détracteurs.
Faut-il voir dans cette sortie une incohérence, une liberté de ton assumée, ou simplement la constance d’un engagement contre toute forme de pouvoir prolongé ? Le débat reste ouvert.
Mais une chose est certaine : en Afrique de l’Ouest, la démocratie ne se limite ni aux alliances stratégiques ni aux urnes. Elle se mesure à la cohérence, à la mémoire et à la responsabilité des paroles publiques.
Sacré Abel
Nasopresse.com