France / Emerging Valley / Les start-ups africaines à l’honneur

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Si beaucoup d’entreprises françaises affichent leur savoir-faire en Afrique, peu d’entreprises du continent viennent se promouvoir en France. Eh bien, c’est ce que permet précisément Emerging Valley (EV). La 9ème édition de ce sommet euro-africain de l’innovation et de la tech s’est tenu les 25 et 26 novembre à Marseille et Aix-en-Provence, dans le sud de la France. 100 start-ups venues de 35 pays du continent, 45 investisseurs internationaux et 1 274 personnes au total se sont rencontrés et ont débattu sous la houlette de Samir Abdelkrim, le fondateur et chef d’orchestre d’EV depuis 2017.

Emerging Valley a réuni 100 start-ups et 45 investisseurs internationaux à Aix-en-Provence et Marseille(photos Antoine Hervé).

PASS SANTE ET TRAITEMENT DES DECHETS

Parmi les start-ups présentes, celle de l’Ivoirienne Corinne Ouattara a brillé en remportant le prix Provence Africa Connect. Baptisée Pass Santé Mousso, l’entreprise propose un carnet de santé numérique transfrontalier. Effectif dans six pays – Côte d’Ivoire, Sénégal, Togo, Bénin, Burkina Faso et RDC – ce Pass Santé « permet à une personne qui est à Marseille d’être prise en charge à Abidjan, Dakar, Lomé où dans toute autre ville où le système de santé est ou sera interconnecté avec notre système » explique Corinne Ouattara. Déjà riche de plus de 2,5 millions d’utilisateurs, la start-up ivoirienne franchira une étape supplémentaire « en janvier prochain » en installant son centre de recherche et développement (R&D) à Marseille.

Tenon Coulibaly (à dr.), CEO de Digital Smart Trash, avec Samir Abdelkrim, fondateur d’Emerging Valley.

Autre start-up Ivoirienne présente à Emerging Valley : Digital Smart Trash (DST). Fondée en 2016, DST propose une solution de traitement des déchets 100 % connectée. Utilisant capteurs et intelligence artificielle, cette start-up permet d’optimiser le tri et la collecte des déchets, de limiter la circulation des camions et, au final, de réduire le nombre de décharges à ciel ouvert. Opérant pour l’heure en Côte d’Ivoire, DST espère se développer aussi dans d’autres pays d’Afrique et en France. Et, comme Corinne Ouattara, Tenon Coulibaly, 36 ans, ingénieur et co-fondateur de Digital Smart Trash envisage d’ouvrir son centre de R&D à Marseille.

PLATE-FORME DE GEOLOCALISATION ET APPLICATIONS BANCAIRES

De nombreuses autres belles initiatives étaient présentes sur le campus de The Camp à Aix -en-Provence. Parmi elles, Geolink. Fondée en 2021 à Nouakchott, en Mauritanie, et dirigée par Oumar Ngam, 26 ans, Geolink propose une gestion informatisée des flottes de véhicules (entreprises de transports, institutions publiques, banques…). La plate-forme est notamment adaptée aux véhicules achetés en leasing. « En ce moment, nous pouvons par exemple géolocaliser plus de 400 véhicules appartenant à une vingtaine d’entreprises », explique Oumar. Itinéraire, heures de repos, vitesse… tout est tracé. « Nous pouvons même immobiliser un véhicule à distance en cas de besoin » poursuit le jeune entrepreneur qui est aussi venu à Aix pour « trouver une représentation légale en France ».

Stezen Bisselou-Nzengue, co-fondateur et DG de PaySika Holding

Élégant dans son costume tiré à quatre épingles, le jeune gabonais Stezen Bisselou-Nzengu explique comment il a co-fondé PaySika Holding. C’était en 2020 à… Toulouse. Depuis, cette application qui permet d’ouvrir un compte et d’obtenir une carte bancaire « en moins de cinq minutes » a fait son chemin. « En moins d’un an, nous avons atteint la première place des start-ups fintech d’Afrique centrale, explique le jeune start-uppeur. Nous avons 150 000 clients au Cameroun et 10 000 précommandes au Gabon ». Stezen ambitionne d’entrer prochainement dans le club très fermé des start-ups licornes. Dans le même genre, et lui aussi Gabonais, Belly Ardice, 31 ans, a créé C’Pay. Cette application facilite les transferts d’argent entre la France et l’Afrique en intégrant les services de Mobile money. Enfin, et toujours dans le domaine financier, Joël Kayi, 23 ans, CEO de Zyra, a, lui, spécialisé sa structure dans le paiement blockchain (cryptomonnaie, stablecoins).

Joël Kayi, CEO de Zyra              Belly Ardice, CEO de C’Pay

VELO CARGO SOLAIRE, TONTINE DIGITALE ET JEU CULTUREL  

S’il était à Aix-en-Provence en tant que « simple observateur », le Tunisien Moez Jomâa aurait pu faire une belle présentation de son entreprise Infinite mobility. Basée à Oslo, cette start-up Tuniso-norvégienne conçoit et vend des vélos cargos à énergie solaire. Fabriqués en partie en Tunisie, ces vélos à deux ou trois roues sont destinés au transport des passagers et des marchandises (jusqu’à 100 kg). « Pour l’instant, nos machines sont vendues à Amsterdam et à Hambourg, explique Moez qui vit en Norvège. Mais nous visons d’autres marchés, notamment en France ». A Emerging Valley, le Tunisien a « noué des contacts » avec des investisseurs pour vendre sa solution à Paris et à Montpellier.

Loki Boto, fondateur de Kin’tu

Loki Boto a la nationalité belge, mais il vit à Paris. Employé dans une assurance, ce quadragénaire dynamique a créé Kin’tu, une application de tontine digitale. « La tontine est l’un des premiers systèmes bancaires africain, dit-il. Elle prône la solidarité dans les villages. Nous l’avons optimisé mais nous avons conservé les réunions de femmes, tellement culturelles ». Car, prévient le natif Congolais, « il ne faut pas européaniser l’Afrique ». Loki est à Aix pour « lever des fonds et trouver des partenaires ».

Kriss Brochec, conceptrice du jeu Lissolo 

Comme nous sommes à quelques jours de Noël, clôturons notre beau panel start-uppien par Lissolo 2.0. Cette jeune entreprise propose un jeu de société culturel adapté au Congo Brazzaville. Mixant le Trivial pursuit, le Monopoly, le Ludo et le Jeu de l’Oie, le Lissolo – c’est le nom du jeux – propose 1 200 questions culturelles sur l’histoire, la culture, la société et la géographie du Congo Brazzaville. « Ce jeu est inclusif et solidaire et il permet d’éloigner les enfants des écrans », sourit Kriss Brochec, la créatrice du jeu. Même si c’est un peu cher (50 €), cette boite aux belles couleurs de l’Afrique ferait un joli cadeau sous votre sapin de Noël.

Antoine Hervé

Nasopresse.com