Entre annonces répétées de révélations imminentes et absence de publication des éléments annoncés, les méthodes du journaliste Saïd Penda soulèvent des interrogations et alimentent la polémique.

Certaines pratiques que l’on croyait définitivement reléguées aux archives de l’histoire médiatique semblent aujourd’hui refaire surface dans le débat public ivoirien. À une certaine époque, des organes de presse n’hésitaient pas à annoncer, dans leurs prochaines éditions, la publication de dossiers explosifs, de révélations exclusives ou de prétendus scoops, sans jamais en préciser véritablement l’échéance. Derrière ces annonces à répétition, certains observateurs dénonçaient des méthodes susceptibles de servir de moyens de pression sur les personnalités et les institutions visées.
C’est précisément ce rapprochement qui nourrit aujourd’hui les interrogations autour des prises de position de Monsieur Saïd Penda à l’endroit du ministre-gouverneur du District autonome d’Abidjan, le Dr Ibrahima Cissé Bacongo.
Des conclusions annoncées, des preuves toujours attendues
Une question mérite désormais d’être posée : quelle est donc cette enquête dont les conclusions sont annoncées depuis plusieurs semaines, mais dont les résultats tardent à être rendus publics ?
Après avoir évoqué quarante jours d’investigations menées, selon ses propres déclarations, dans des conditions particulièrement difficiles, sous la pluie, le soleil, dans la boue et la poussière, le journaliste est désormais attendu sur un point essentiel : la publication des éléments qu’il affirme avoir recueillis.
Qu’attend-il donc pour mettre ses conclusions à la disposition de l’opinion publique ivoirienne ? Si les investigations sont effectivement achevées et les preuves suffisamment solides, pourquoi ne pas les rendre publiques dans le respect des règles professionnelles et déontologiques du journalisme ?
Dans cette affaire, le Dr Ibrahima Cissé Bacongo ne semble pas disposé à répondre à ce qui pourrait être interprété comme des sollicitations indirectes ou des tentatives de pression médiatique. La démarche attendue reste pourtant simple : publier les preuves, exposer les faits et laisser l’opinion ainsi que les institutions compétentes apprécier la situation.
Le précédent des procédures judiciaires
Cette controverse prend également une autre dimension lorsqu’on la rapproche des différends judiciaires impliquant le journaliste et certaines entreprises, notamment Orange Côte d’Ivoire et Ebomaf, qui auraient engagé des procédures à son encontre.
Des informations font par ailleurs état d’une condamnation de Saïd Penda en première instance à une peine d’un an et trois mois d’emprisonnement, décision contre laquelle il aurait interjeté appel. Ces éléments, qui doivent être appréciés à la lumière des décisions judiciaires et de la procédure en cours, invitent à la prudence et au respect des principes fondamentaux de la justice.
Son passage antérieur à la BBC est également évoqué dans le débat. Toutefois, les raisons de son départ de ce média ne sauraient être interprétées sans éléments vérifiables.
La vérité avant la polémique
Il ne s’agit nullement de remettre en cause la liberté de la presse ni le droit d’un journaliste d’enquêter sur la gestion des affaires publiques. Bien au contraire, le journalisme d’investigation constitue un pilier essentiel de toute démocratie. Mais cette liberté implique des responsabilités : la vérification des informations, la présentation des preuves, le respect du contradictoire et la rigueur dans le traitement des accusations.
Selon des sources bien introduites, le District autonome d’Abidjan envisagerait de saisir le procureur de la République afin que toute la lumière soit faite sur les graves accusations formulées par le journaliste d’investigation Saïd Penda. Cette démarche viserait notamment à l’amener à produire les éléments de preuve et les pièces justificatives susceptibles d’étayer ses allégations.
Car dans un État de droit, personne ne devrait être au-dessus de la loi, ni les responsables publics, ni les journalistes.
Il convient de saluer l’initiative du Directeur de la communication du District autonome d’Abidjan, Monsieur Baba Nicolas Coulibaly, qui a apporté une réplique aux graves accusations formulées par Saïd Penda dans plusieurs de ses vidéos diffusées sur les réseaux sociaux. À travers son intervention, Monsieur Coulibaly a, en quelque sorte, donné une véritable leçon sur les exigences fondamentales du journalisme, particulièrement celles qui s’imposent à tout journaliste d’investigation. Il a notamment rappelé l’importance de la rigueur professionnelle, de la vérification des faits, de la recherche de preuves et du respect des règles déontologiques qui encadrent cette profession.
Au fond, le débat ne devrait pas se résumer à une confrontation de déclarations ou à une succession de polémiques médiatiques. Il doit reposer sur des faits, des preuves et des procédures régulières.
Monsieur Saïd Penda, l’opinion publique ivoirienne attend désormais autre chose que des annonces : elle attend des faits. Une enquête ne se mesure pas à la force de ses promesses, mais à la solidité de ses preuves et à la crédibilité de ses conclusions.
Djaman Ake Roch
Nasopresse.com