Vingt-trois ans après la fermeture de la société de téléphonie mobile CORA SA, les anciens employés continuent de réclamer le paiement de leurs droits sociaux. Réunis au sein d’un collectif, ils ont une nouvelle fois interpellé les autorités ivoiriennes lors d’une conférence de presse organisée, samedi 25 juillet 2026, à l’hôtel Ibis au Plateau.

Cette rencontre a permis aux ex-travailleurs de revenir sur les différentes étapes d’un combat engagé depuis plus de deux décennies pour obtenir réparation. La déclaration du collectif a été prononcée par son président, N’Guessan Kouakou Bernard, entouré des membres du bureau exécutif, dont la vice-présidente Esther Essoh N’Dri, le trésorier général Houphouët Agnimou, le secrétaire général Coulibaly Daouda et le secrétaire général adjoint Anderson Biassi.
Avant les échanges avec les journalistes, les participants ont observé une minute de silence en mémoire de 14 anciens collègues décédés durant cette longue période d’attente.
Une longue procédure après la fermeture de CORA SA
Dans son intervention, le président du Collectif a appelé les médias à porter auprès des autorités « les souffrances, les inquiétudes et l’amertume » des anciens employés, qui attendent toujours le règlement de leurs droits.
Selon le Collectif, la crise remonte à octobre 2003, période au cours de laquelle CORA SA, filiale d’un groupe américain, avait cessé ses activités en Côte d’Ivoire à la suite de désaccords entre actionnaires. Cette fermeture avait également eu des conséquences sur la participation temporaire du pays au programme américain AGOA.
Pour permettre le retour de la Côte d’Ivoire dans ce dispositif commercial, un accord avait été conclu à Washington en février 2006. Celui-ci prévoyait notamment le règlement des intérêts américains et le transfert des actifs de CORA SA à l’État ivoirien, chargé ensuite d’assurer la liquidation de la société.
Mais cette opération n’a pas été menée dans les délais attendus par les anciens travailleurs. Ce n’est qu’en 2018 que ces derniers ont décidé de se structurer officiellement en collectif afin de défendre leurs intérêts.
Le comité de liquidation installé en 2023
Face à l’absence de solution durable, les ex-employés ont multiplié les démarches auprès de plusieurs départements ministériels, notamment ceux en charge de la Communication et des Technologies de l’information, du Patrimoine de l’État ainsi que de l’Économie et des Finances.
Une avancée majeure est intervenue en septembre 2023 avec la création du Comité de liquidation de CORA SA par arrêté interministériel. M. Tiemoko Koffi, expert-comptable, a alors été désigné comme liquidateur.
Compte tenu de l’ancienneté du dossier, le liquidateur a sollicité l’accompagnement de l’Inspection du travail de Cocody 1 pour établir le calcul des droits dus aux anciens salariés. Plusieurs rencontres ont abouti à la signature, le 11 août 2025, d’un procès-verbal de conciliation entre le liquidateur et le Collectif des ex-travailleurs.
Cependant, les anciens employés estiment que, malgré l’achèvement des travaux du liquidateur et la transmission de ses conclusions, le processus de paiement demeure toujours en attente.
Les retraités confrontés aux difficultés de la CNPS
Au-delà du paiement des droits, le Collectif a également évoqué les difficultés rencontrées par certains anciens salariés auprès de la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS).
Plusieurs membres ayant atteint l’âge de la retraite seraient confrontés à des demandes de pièces administratives anciennes, notamment des certificats de travail et des bulletins de salaire datant de plusieurs années.
Le Collectif affirme avoir transmis les documents disponibles lors d’une séance de travail avec la CNPS en octobre 2024. Toutefois, l’organisme aurait indiqué ne pas disposer de suffisamment d’éléments concernant les anciens employés de CORA SA dans ses bases de données.
Pour les ex-travailleurs, la responsabilité de fournir certains documents revient au liquidateur, lequel attendrait également que l’État lui donne les moyens nécessaires pour finaliser la procédure.
Un appel à une décision définitive de l’État
Composé aujourd’hui de 163 membres, le Collectif des ex-employés de CORA SA sollicite désormais une intervention définitive du gouvernement afin que leurs droits soient effectivement payés.
Les anciens travailleurs demandent également une mesure d’accompagnement en raison des longues années écoulées depuis la fermeture de l’entreprise.
« Si le président de la République ne voulait pas réparer cette injustice, il n’aurait pas donné des instructions pour la mise en place des instruments devant permettre enfin la liquidation de cette société », a déclaré N’Guessan Kouakou Bernard.
Tout en privilégiant le dialogue avec les autorités, le Collectif souhaite une accélération du processus pour mettre fin à une attente qui dure depuis 23 ans. Pour ces anciens employés, l’enjeu est désormais de permettre aux survivants de cette longue bataille de bénéficier enfin des droits qu’ils revendiquent.
Ibo François
Nasopresse.com