À l’aube d’un matin en apparence ordinaire, alors que la Côte d’Ivoire s’éveillait sans pressentir l’irréparable, une étoile majeure s’est détachée du firmament politique national. Une lionne a replié ses griffes. Une voix emblématique s’est tue. Léopoldine Coffi Tiézan a franchi le seuil de l’éternité.

L’annonce de sa disparition a traversé le pays comme une onde de choc, bouleversant le Parti démocratique de Côte d’Ivoire – Rassemblement démocratique africain (PDCI-RDA), endeuillant ses militantes et militants, et touchant au plus profond l’âme nationale. Car Léopoldine Coffi Tiézan n’était pas une simple actrice de la vie politique : elle en était une conscience, une force morale, une incarnation du combat féminin et républicain.
Née à Gonaté, dans l’Ouest ivoirien, sur une terre où la dignité se transmet comme un héritage sacré, Léopoldine Coffi Tiézan a grandi dans la rigueur, la solidarité et le sens de l’effort. Issue d’une famille modeste mais droite, façonnée par une mère courage aujourd’hui disparue, elle a très tôt compris que le destin d’une femme ne se subit pas : il se conquiert.
Dans la Côte d’Ivoire post-indépendance en pleine construction, elle forge son caractère et refuse les limites imposées. Elle choisit la politique non par ambition personnelle, mais par devoir historique. Aux côtés du père fondateur Félix Houphouët-Boigny, Léopoldine Coffi Tiézan s’impose comme une figure centrale du PDCI-RDA. À la tête de l’Union des Femmes du parti, elle brise les plafonds de verre bien avant que le concept ne s’impose dans le débat politique africain.
À une époque où les femmes étaient reléguées aux marges du pouvoir, elle avance au cœur de l’action politique. Elle mobilise, organise et réveille les consciences. Des milliers de femmes trouvent en elle une voix, une référence, une cheffe de combat pacifique. Son message est clair : la paix, le dialogue et le développement – piliers de l’houphouétisme – ne peuvent exister sans la pleine participation des femmes. Et son verbe, ferme et incandescent, ne tremble jamais.
Sous la présidence d’Henri Konan Bédié, Léopoldine Coffi Tiézan accède aux plus hautes responsabilités de l’État. Ministre, elle porte la cause des femmes, des familles, des enfants et des plus vulnérables avec une intégrité qui force le respect. Dans les couloirs feutrés du pouvoir comme sur le terrain, elle reste fidèle à une ligne de conduite immuable : servir sans trahir, agir sans se vendre. Sa rigueur devient une école, sa parole une arme contre l’injustice et les inégalités. Pour elle, le PDCI-RDA n’est pas une simple formation politique, mais une mémoire collective, un rempart contre l’oubli et la division.
Dans les années récentes, alors que le parti traverse doutes et turbulences, Léopoldine Coffi Tiézan demeure debout. Conseillère respectée de Tidjane Thiam, elle incarne ce lien rare entre générations, cette passerelle entre l’héritage houphouétiste et les exigences du XXIᵉ siècle.
Au 9ᵉ Congrès extraordinaire électif de 2025, dans le Haut-Sassandra, son engagement est sans ambiguïté : « Mon soutien à Tidjane Thiam est total. Cent pour cent. »
Elle ne calcule pas. Elle choisit. Toujours la cohérence, l’unité et la dignité. Au-delà de la figure politique, Léopoldine Coffi Tiézan reste profondément attachée à Gonaté, à la famille, à la terre et aux valeurs humaines. Mère, épouse, grand-mère et mentore, elle inspire des générations de femmes et de jeunes militants.
Elle démontre que l’autorité peut être ferme sans être brutale, et que la loyauté est une force, jamais une faiblesse. Aujourd’hui, les hommages affluent de toutes parts. Des bases militantes aux instances nationales, une certitude s’impose : une page majeure de l’histoire du PDCI-RDA s’est tournée.
Mais Léopoldine Coffi Tiézan ne s’est pas éteinte. Elle a rejoint le panthéon invisible de celles et ceux dont l’empreinte défie le temps.
Aux militants du PDCI-RDA, son courage demeure un repère. Aux femmes de Côte d’Ivoire, son parcours reste une voie ouverte.
À la jeunesse ivoirienne, son engagement rappelle que la politique n’est noble que lorsqu’elle est sincère. Car les lionnes ne meurent pas.
Elles se transforment en légendes qui appellent les vivants à se lever. Repose en paix, grande dame du PDCI-RDA. Ton combat continue en nous.
Clément Ewouedje
Nasopresse.com