Une voiture neuve, une maison, de l’argent, des voyages… Pour couronner une Miss, les cadeaux pleuvent ! Mais pour le chirurgien qui sauve des vies, l’inventeur qui innove et l’agriculteur qui nourrit le pays, on fait comment ? Hé, il y a palabre !
Chaque année, le concours Miss Côte d’Ivoire fait rêver les foules. Les sponsors se mobilisent, les projecteurs s’allument et la gagnante repart parfois avec de belles récompenses. Tant mieux pour elle ! Elle a participé, elle a gagné, et personne ne lui demande de rendre ses cadeaux.
Mais pendant que la reine de beauté savoure sa victoire, une question mérite réflexion : pourquoi les événements qui attirent les foules bénéficient-ils parfois d’une telle générosité, alors que des professionnels indispensables au développement peinent à trouver les moyens de travailler ?
Attention, hein ! Le problème n’est pas la Miss. La beauté n’est pas un crime et une candidate ne doit pas s’excuser d’être belle. Participer à un concours demande de la préparation, de l’assurance, de l’éloquence et parfois un véritable engagement social.
Seulement, la beauté physique dépend en grande partie de la nature et de l’hérédité. Devenir un chirurgien compétent, un architecte talentueux ou un chercheur reconnu exige, en revanche, des années d’études, de sacrifices et de travail.
NOS TALENTS, EUX, SONT OÙ ?
Prenons un peu nos réalités !
Il y a ce chirurgien qui passe des heures au bloc opératoire pour sauver des vies, mais qui attend parfois du matériel adapté pour travailler dans de bonnes conditions.
Il y a cet architecte qui imagine des bâtiments modernes, cet ingénieur qui cherche des solutions à nos problèmes d’eau et d’électricité, mais aussi ce jeune inventeur qui a une idée géniale sans trouver de financement pour la concrétiser.
Il y a le chercheur qui travaille sur des variétés de cultures capables de mieux résister à la sécheresse, l’agronome qui accompagne nos producteurs, l’enseignant qui forme les futurs cadres du pays et l’artisan qui maîtrise un savoir-faire précieux sans parvenir à développer son activité.
N’oublions pas l’informaticien qui conçoit une application utile, l’entrepreneur qui crée des emplois dans sa localité ou le technicien qui répare des équipements dont dépend toute une communauté.
Tous ces talents ne réclament pas forcément une maison de luxe ou une voiture dernier cri. Ils ont surtout besoin de moyens, de débouchés, de financements et de conditions de travail dignes.
Voilà des personnes qui, souvent loin des projecteurs, contribuent chaque jour à faire avancer le pays. Pourtant, leurs réussites font rarement autant de bruit qu’un grand événement de divertissement.
CHERS DÉCIDEURS, NOS PRIORITÉS SONT OÙ ?
Il ne s’agit pas de retirer sa voiture à la Miss pour la donner au médecin ! Il s’agit de se demander pourquoi les talents qui contribuent directement au bien-être des populations ne bénéficient pas toujours d’un soutien suffisant.
Une cérémonie prestigieuse fait plaisir, mais elle ne remplace ni un hôpital bien équipé, ni un laboratoire fonctionnel, ni le financement d’une invention prometteuse.
L’État doit investir dans la santé, l’éducation, la recherche et la formation. Les entreprises et les mécènes peuvent aussi soutenir les compétences locales. Pourquoi ne pas organiser des distinctions nationales, aussi médiatisées, pour les meilleurs chercheurs, enseignants, agriculteurs innovants, ingénieurs et inventeurs, avec des financements concrets à la clé ?
À force de célébrer les réussites les plus visibles sans suffisamment soutenir les autres, quel modèle proposons-nous à notre jeunesse ? Faut-il être célèbre pour réussir ou compétent pour être utile ?
AU FINISH, QUELLE VISION DU DÉVELOPPEMENT ?
Le débat n’est pas d’opposer les belles femmes aux brillants cerveaux. La beauté peut faire rêver, la culture divertir et le talent transformer la société. Chacun a sa place.
Mais un pays qui aspire au développement doit aussi savoir repérer ses génies, encourager ses travailleurs et donner à ses inventeurs les moyens de transformer leurs idées en solutions.
La couronne fait la reine, mais le savoir, le travail et l’innovation contribuent à bâtir la nation !
Sacré Abel
Nasopresse.com