Artiste, producteur et entrepreneur ivoirien, Doumbia Aboubacar, connu sous le nom d’Abou Nidal de Genève, est également ambassadeur de l’éducation et de la santé publique. Figure du Coupé-décalé, il entend mettre sa notoriété au service de la jeunesse à travers ses concepts musicaux et le projet éducatif Waratour, qui promeut notamment l’excellence scolaire et le développement social.
Vous êtes connu comme l’un des artistes ayant contribué à l’évolution du Coupé-décalé. Mais qui est réellement Abou Nidal en dehors de la scène ?
À l’état civil, je m’appelle Doumbia Aboubacar, plus connu sous le nom d’Abou Nidal de Genève. Je suis un artiste et entrepreneur ivoirien. Je suis également ambassadeur de l’éducation et de la santé publique. Au-delà de la musique, qui m’a fait connaître du grand public, je mène d’autres activités dans le domaine des affaires et je m’investis dans des initiatives à vocation sociale.
Avec le recul, quelle contribution estimez-vous avoir apportée au mouvement Coupé-décalé ?
Ma contribution est d’abord musicale. J’ai notamment participé à l’émergence de concepts comme « La chaussure qui parle ». Je fais partie de cette génération qui a contribué à l’originalité du Coupé-décalé, aussi bien à travers les concepts musicaux que le style vestimentaire.
Le principe consiste notamment à partir d’expressions du langage courant pour les intégrer dans un rythme musical et en faire des concepts populaires et entraînants. C’est aussi cela, la particularité du Coupé-décalé. Je me considère donc comme un concepteur de concepts musicaux.
Vos concepts musicaux ont contribué à votre notoriété. Comment les vivez-vous et quels messages cherchez-vous à transmettre à travers vos chansons ?
Mes concepts ont plusieurs dimensions. Le Coupé-décalé est une musique urbaine qui s’adresse particulièrement à la jeunesse.
Prenons « La chaussure qui parle ». La chaussure occupe une place importante dans l’univers vestimentaire des jeunes. C’est un élément auquel ils peuvent s’identifier.
En 2010, alors que la Côte d’Ivoire traversait une crise, j’ai lancé le concept « Dialogue direct ». L’idée faisait écho à la nécessité du dialogue entre les acteurs politiques pour trouver une issue à la situation.
Avec le concept « Païaï », il s’agissait de casser les obstacles sur son chemin pour se frayer une voie. Le message était simple : pour réussir, il faut se battre, persévérer et surmonter les difficultés.
À travers ces différents concepts, j’ai toujours cherché à apporter quelque chose d’original, tout en restant proche des réalités de la société.
Vous êtes également ambassadeur de l’éducation et de la santé publique. Comment cet engagement se traduit-il sur le terrain ?
Mon engagement se traduit notamment à travers le projet Waratour, qui est né dans le prolongement de mes initiatives musicales, notamment « Waraba Dance », la danse du lion. Nous avons voulu aller plus loin en associant à la musique un projet éducatif axé sur le leadership.
L’objectif est de nous servir du divertissement pour sensibiliser, éduquer et encourager l’excellence en milieu scolaire. Nous voulons montrer que la musique peut être un puissant moyen de transmission de valeurs et de mobilisation de la jeunesse.
À travers nos actions, nous intervenons dans plusieurs domaines, notamment l’éducation, la santé et la protection de l’environnement. Nous voulons ainsi contribuer, à notre niveau, au bien-être des populations et à la formation d’une jeunesse responsable.
En quoi consiste précisément le projet Waratour ?
Le projet Waratour s’inscrit dans la continuité de mes initiatives musicales. Après « Waraba Dance », nous avons voulu associer à la musique une dimension éducative et un programme de sensibilisation au leadership.
Le mot « Waraba » signifie lion. À travers ce projet, nous voulons accompagner les jeunes afin qu’ils deviennent des leaders, des « Waraboys » et des « Waragirls », capables de prendre des initiatives et de contribuer au développement de leur communauté.
La musique permet de toucher les jeunes et de faire passer des messages importants. Nous avons donc choisi de l’utiliser comme un moyen d’action, d’éducation et de sensibilisation.
Avez-vous une idée du nombre de personnes touchées par cette initiative ?
Sur une période de neuf ans, nous estimons avoir touché plus de dix millions de personnes, directement ou indirectement. Nous avons parcouru plus de 80 villes et nous poursuivons nos activités sur le terrain.
Chaque année, des milliers d’élèves bénéficient de nos actions. Nous contribuons notamment à la distribution de kits scolaires et de manuels pour faciliter leur accès à l’éducation.
Nos interventions couvrent également plusieurs domaines : la construction d’écoles, la santé, la protection de l’environnement et l’employabilité. Nous menons, entre autres, des actions de sensibilisation à la vaccination contre le cancer du col de l’utérus auprès des jeunes filles éligibles, ainsi que des initiatives de plantation d’arbres.
Nous contribuons aussi à l’insertion professionnelle à travers des actions comme l’octroi de bons de permis de conduire à des jeunes et à des enseignants.
Notre ambition est de nous inscrire dans la dynamique des Objectifs de développement durable des Nations unies. À travers Waratour , nous voulons agir sur plusieurs fronts, notamment la paix, l’éducation, la santé et la protection de l’environnement.
Quel message adressez-vous aux artistes qui restent concentrés sur la musique sans véritablement s’investir dans l’entrepreneuriat ?
Je suis heureux de constater que les choses évoluent et que de plus en plus d’artistes se lancent dans l’entrepreneuriat. Dans le milieu du Coupé-décalé, certains ont ouvert la voie et, aujourd’hui, de nombreux jeunes artistes comprennent l’importance de cette démarche.
Pour moi, un artiste doit aussi être un entrepreneur. Le show-business repose sur deux dimensions complémentaires : le spectacle et les affaires. On fait le spectacle, mais il faut également développer des activités économiques pour financer et pérenniser sa carrière.
Les artistes peuvent créer des produits dérivés, développer des marques et s’engager dans des projets à impact social. Ils disposent d’une visibilité et d’une influence auprès des jeunes. Lorsqu’ils proposent des produits de qualité auxquels leur public peut s’identifier, ils peuvent créer de véritables opportunités économiques.
C’est cela aussi, le show-business : transformer sa notoriété en une activité économique durable.
Vous êtes aujourd’hui engagé dans la production, en plus de la musique et de l’entrepreneuriat. Comment parvenez-vous à concilier ces différentes activités ?
Il faut d’abord aimer ce que l’on fait. Lorsqu’on est entrepreneur, on travaille pour développer ses propres projets, mais cela exige de l’organisation.
Abou Nidal, ce n’est pas seulement un artiste. C’est aussi une équipe, un label et une organisation structurée autour de Nidal Productions et de Nidal Group. Nous travaillons sur différents projets, avec des responsables chargés de chaque branche d’activité.
Le fonctionnement est organisé de manière pyramidale. Je définis les orientations et je propose les idées, puis mes équipes se chargent de leur mise en œuvre. La répartition des responsabilités permet à chacun de se concentrer sur son domaine et facilite la gestion de l’ensemble de nos activités.
Quel conseil donneriez-vous à la nouvelle génération du Coupé-décalé ?
Je lui conseillerais d’être résiliente et de ne pas abandonner au premier échec. Il faut croire en sa vision, se battre pour la réaliser et rester concentré sur ses objectifs. Aucune activité humaine n’est facile. Il faut donc faire preuve de persévérance, de sérieux et de discipline.
Le comportement est également très important. Il faut préserver son image et faire en sorte que son nom soit associé à des valeurs positives. La réputation que l’on construit dans la société peut contribuer à la réussite ou, au contraire, devenir un obstacle.
Je conseille aussi aux jeunes artistes d’éviter les clashs négatifs. En revanche, il peut exister une émulation positive entre artistes. Lorsqu’un confrère organise un concert ou réalise une belle performance, cela doit nous pousser à travailler davantage et à nous surpasser.
L’essentiel est de faire de la concurrence une source de motivation plutôt qu’un moyen de dénigrer les autres. Il faut rester concentré sur son travail, croire en ses capacités et continuer à avancer.
Sacré Abel
Nasopresse.com