Côte d’Ivoire / VIH ET STIGMATISATION : Diamant Noir, le dépistage sans jugement !

Menaces de mort, rejet familial et peur du regard des autres : le témoignage de Diamant Noir, une personne transgenre accompagnée par l’ONG Conseil Plus, rappelle qu’on ne devrait pas avoir à choisir entre se protéger et se cacher. Face aux préjugés, le dépistage différencié mise sur la proximité, la discrétion et le respect de la dignité humaine.

Dans la vie, il y a des maisons où l’on devrait se sentir en sécurité. Mais pour Diamant Noir, le foyer n’a pas toujours été un refuge. Cette personne transgenre, bénéficiaire de l’accompagnement de l’ONG Conseil Plus, raconte un quotidien marqué par le rejet et la peur.

« Mon grand-père me dit que s’il apprend que je suis comme ça, s’il apprend que je fais partie de la communauté, il va me tuer », confie-t-elle.

Voilà qui donne froid dans le dos ! Quand la menace vient de la famille, censée être le premier rempart contre les difficultés, où aller chercher la paix ? Diamant Noir évoque une situation familiale devenue si compliquée que les membres de sa famille ont fini par quitter la maison.

Cette menace n’est malheureusement pas anodine. En Afrique, beaucoup peinent encore à comprendre qu’on ne choisit pas son identité de genre ni son orientation sexuelle. Être transgenre ou appartenir à la communauté LGBT ne devrait jamais être un motif de rejet, d’humiliation ou de violence. Pourtant, pour certaines personnes, le danger commence au sein même de la cellule familiale, avant de se poursuivre dans le voisinage et dans la société en général. Menaces, insultes, discriminations et parfois menaces de mort font partie des réalités auxquelles elles peuvent être confrontées.

C’est aussi pour éviter de les exposer davantage que nous faisons le choix de ne pas publier de photos de ces personnes dans nos articles, même lorsqu’elles acceptent de nous confier leur histoire. Derrière chaque témoignage, il y a une vie, une sécurité à préserver et parfois une identité qu’il vaut mieux ne pas dévoiler. Car parler à la presse pour dénoncer la stigmatisation ne devrait pas devenir une raison supplémentaire de subir des menaces ou des représailles. Informer, oui, mais sans mettre en danger celles et ceux qui nous font confiance.

Au lieu de trouver auprès des leurs un refuge et du soutien, certaines personnes se retrouvent livrées à la peur et à l’exclusion. Le parcours de Diamant Noir rappelle ainsi une vérité essentielle : personne ne devrait avoir à craindre pour sa vie ou sa sécurité en raison de son identité de genre ou de son orientation sexuelle.

Derrière ce témoignage, il y a donc une réalité qu’on ne peut pas balayer d’un revers de la main : le rejet peut isoler, fragiliser et empêcher certaines personnes de demander de l’aide, même lorsqu’il s’agit de leur santé.

Conseil Plus, une porte ouverte

C’est par des amis que Diamant Noir découvre l’ONG Conseil Plus. Avant cela, la structure lui était inconnue. À son arrivée, l’accueil est plutôt rassurant.

« On a bien été reçu », résume-t-elle.

Ce n’est peut-être que quelques mots, mais pour une personne habituée à subir les jugements, être reçue sans humiliation peut déjà faire une grande différence. Les organisations communautaires ont ainsi un rôle important à jouer : écouter, informer, orienter et rapprocher les personnes vulnérables des services dont elles ont besoin.

Car le problème, ce n’est pas seulement de savoir où se faire dépister. Encore faut-il pouvoir franchir la porte sans avoir peur d’être reconnu, dénoncé ou maltraité.

Le dépistage différencié, sans mettre les gens au pilori

Dans le cadre du dépistage du VIH, Diamant Noir décrit une démarche qui commence par la lecture d’une fiche de consentement et des explications sur le déroulement du test. Autre détail qui compte pour elle : les bénéficiaires sont identifiés par des numéros plutôt que par leurs noms.

« Vu qu’il n’y avait pas de nom, ils utilisaient des numéros »,

explique-t-elle.

Pour Diamant Noir, cette façon de procéder contribue à se sentir plus à l’aise. Et on comprend pourquoi : quand on craint déjà le regard des autres, on n’a pas forcément envie que sa vie privée devienne le sujet de conversation du quartier.

C’est là que le dépistage différencié prend tout son sens. Il s’agit de mieux adapter les services aux réalités des personnes qui rencontrent des obstacles pour accéder aux soins, notamment à cause de la stigmatisation.

Mais attention, la discrétion ne doit pas être un simple slogan. Elle suppose une véritable protection des informations personnelles, un consentement libre et éclairé, ainsi qu’un accueil respectueux avant, pendant et après le test.

Diamant Noir juge cette approche positive et estime qu’elle peut encourager d’autres membres de sa communauté à se faire dépister. Les bénéficiaires peuvent aussi en parler à leurs amis et les orienter vers les services adaptés.

En clair, quand la confiance est au rendez-vous, le bouche-à-oreille peut faire une partie du travail que les discours officiels ne réussissent pas toujours à accomplir.

Les préjugés ne soignent personne !

Diamant Noir profite également de son témoignage pour dénoncer les idées reçues sur la communauté LGBT. Contrairement à ce que certains prétendent, explique-t-elle, l’appartenance à cette communauté ne saurait être réduite à une affaire d’argent ou d’intérêt matériel.

Derrière les clichés, il y a des êtres humains, avec leurs histoires, leurs difficultés et leurs besoins de santé. Les réduire à des préjugés, c’est prendre le risque de les éloigner davantage des services de prévention et de soins.

La lutte contre le VIH ne peut donc pas se limiter aux campagnes de sensibilisation. Elle doit aussi s’attaquer aux discriminations qui empêchent certaines personnes de se protéger sereinement. Le dépistage différencié constitue une réponse possible, à condition que la confidentialité, le respect et la liberté de consentir soient effectivement garantis.

Le message de Diamant Noir est clair : se faire dépister ne devrait jamais être une épreuve supplémentaire pour des personnes déjà confrontées au rejet. La santé n’a pas de place pour le mépris. Et aucun préjugé ne devrait peser plus lourd que le droit de chacun à la dignité et aux soins.

Sacré Abel

Nasopresse.com