Côte d’Ivoire / Interview / Rodrigue Wakiri jette un pont entre la Côte d’Ivoire et la Chine

Président du Club des Amis de la Chine, Rodrigue Ouakiri dirige une association qui œuvre au renforcement des relations d’amitié et de coopération entre la Côte d’Ivoire, l’Afrique et la Chine. Né dans un contexte marqué par le soutien apporté par Pékin à la Côte d’Ivoire durant les périodes difficiles de son histoire récente, ce club se veut un cadre d’échanges culturels, économiques et éducatifs entre les peuples. Dans cet entretien, il revient sur les origines de l’association, ses missions, les valeurs qu’elle promeut ainsi que les perspectives de coopération entre la Côte d’Ivoire et la Chine.

Quelles sont les principales missions et les valeurs que votre association défend ?

Notre mission première est de consolider et de redynamiser la coopération entre la Chine et la Côte d’Ivoire. Cela passe notamment par l’organisation de voyages d’affaires, de forums économiques, de rencontres B2B entre opérateurs économiques ivoiriens et chinois, ainsi que par la promotion de l’apprentissage de la langue chinoise. Nous encourageons également les investisseurs chinois à s’intéresser aux opportunités qu’offre la Côte d’Ivoire et accompagnons les entrepreneurs ivoiriens dans la prospection du marché chinois afin qu’ils puissent y développer leurs activités.

Au-delà des échanges économiques, nous défendons des valeurs qui ont largement contribué au développement de la Chine, notamment la culture du travail, le goût de l’effort, l’apprentissage continu, le sens du sacrifice et l’amour de la patrie. Nous estimons que ces valeurs constituent des leviers essentiels pour le développement de nos pays et c’est pourquoi nous nous attachons à les promouvoir à travers les activités du Club des Amis de la Chine.
Pourquoi est-il important selon vous de renforcer les relations entre la Côte d’Ivoire et la Chine ?

Il est essentiel de renforcer les relations entre la Côte d’Ivoire et la Chine, notamment dans le cadre de la coopération Sud-Sud qui dispose encore d’un potentiel considérable. Les partenariats historiques entre les pays africains et les nations occidentales ont certes produit des résultats importants, mais il existe aujourd’hui de nouvelles opportunités à explorer à travers des modèles de coopération davantage fondés sur le partage d’expériences de développement.

La Chine représente à cet égard un exemple particulièrement inspirant. En quelques décennies, ce pays a accompli des progrès remarquables dans des secteurs stratégiques tels que l’innovation, l’éducation, la santé, les infrastructures, l’immobilier et l’industrie. Son parcours démontre qu’une transformation rapide est possible lorsqu’elle repose sur une vision claire, le travail et l’investissement dans le capital humain.

Nous pensons que la Côte d’Ivoire a beaucoup à apprendre de cette expérience. Le renforcement des liens d’amitié avec la Chine permettra non seulement d’accroître les échanges économiques et commerciaux, mais aussi de favoriser les transferts de compétences, de technologies et de savoir-faire. La coopération entre nos deux pays peut contribuer à accélérer le développement de la Côte d’Ivoire tout en offrant de nouvelles opportunités aux acteurs économiques ivoiriens. C’est pourquoi nous considérons qu’il est important de consolider davantage ce partenariat qui a encore beaucoup à apporter aux peuples ivoirien et africain.

Quel bilan faites-vous aujourd’hui de la coopération entre la Chine et la Côte d’Ivoire dans les domaines économiques, culturels, éducatifs et technologiques ?

Le bilan de la coopération entre la Chine et la Côte d’Ivoire est globalement positif, même si de nombreuses perspectives restent encore à explorer et à développer. Sur le plan économique, la Chine s’est imposée comme un partenaire important du développement ivoirien à travers son accompagnement financier et son soutien à plusieurs projets structurants. Cette coopération a contribué à la réalisation d’infrastructures majeures et au renforcement des capacités de développement du pays.

Sur le plan culturel, les échanges entre les peuples ivoirien et chinois se sont intensifiés au fil des années, favorisant une meilleure connaissance mutuelle et un rapprochement entre les deux cultures. Dans le domaine éducatif, un nombre croissant d’étudiants ivoiriens choisissent la Chine pour poursuivre leurs études ou se former, tandis que l’apprentissage de la langue chinoise gagne progressivement en popularité en Côte d’Ivoire.

Sur le plan technologique, les retombées de cette coopération sont également visibles. Plusieurs projets d’infrastructures réalisés avec l’appui ou l’expertise chinoise témoignent du savoir-faire technologique de ce pays et de son apport au développement de la Côte d’Ivoire. Les réalisations dans les domaines des transports, de l’approvisionnement en eau potable, des équipements publics et de la santé illustrent cette dynamique de partenariat.

La Chine accompagne également la Côte d’Ivoire dans plusieurs projets à caractère social et sanitaire, contribuant ainsi à l’amélioration des conditions de vie des populations. Pour nous, ces différentes réalisations démontrent que les bases d’une coopération solide existent déjà entre les deux pays. Le bilan est donc largement positif, même si nous estimons qu’il reste encore de nombreuses opportunités à saisir pour porter cette relation à un niveau encore plus élevé.

Quels sont les principaux projets ou activités que votre association mène pour rapprocher les peuples ivoirien et chinois ?

Le Club des Amis de la Chine mène de nombreuses initiatives visant à renforcer les liens entre les peuples ivoirien et chinois dans les domaines économique, culturel et éducatif. Parmi les actions phares figure l’organisation du Forum économique ivoiro-chinois, une plateforme d’échanges destinée à favoriser les partenariats d’affaires entre opérateurs économiques des deux pays.

L’association s’investit également dans la promotion des échanges culturels à travers diverses activités, notamment l’organisation du tournoi de l’amitié ivoiro-chinoise ainsi que des initiatives liées à la pratique du Tai-Chi et du Wushu. Elle accompagne par ailleurs plusieurs structures engagées dans la promotion de la culture et de la langue chinoises en Côte d’Ivoire, notamment le Réseau des enseignants ivoiriens de chinois (REIAC), tv qui œuvre à l’enseignement du mandarin en milieu scolaire.

Sur le plan économique, le Club des Amis de la Chine organise régulièrement des missions d’affaires en Chine afin de permettre aux entrepreneurs ivoiriens de rencontrer des partenaires potentiels et d’explorer les opportunités qu’offre le marché chinois. Dans le même esprit, l’association accueille également des délégations d’hommes d’affaires chinois en Côte d’Ivoire afin de leur faire découvrir les possibilités d’investissement existant dans le pays.

Le club joue aussi un rôle de facilitateur dans l’implantation d’entreprises chinoises en Côte d’Ivoire. À ce titre, il a accompagné certains investisseurs dans leurs démarches d’installation et de développement d’activités économiques sur le territoire ivoirien, contribuant ainsi au renforcement des échanges commerciaux entre les deux nations.

Les perspectives demeurent ambitieuses. L’association prépare déjà plusieurs rendez-vous majeurs, notamment un nouveau Forum économique ivoiro-chinois prévu en 2027, ainsi que d’autres rencontres consacrées aux nouvelles dynamiques économiques et à l’innovation. Des missions économiques sont également programmées aussi bien en Côte d’Ivoire qu’à l’international, notamment en Chine et en Europe, afin de poursuivre le rapprochement entre les acteurs économiques des deux pays.

Par ailleurs, le Club des Amis de la Chine a été associé à plusieurs initiatives de coopération avec des institutions et partenaires chinois. Une mission économique est notamment prévue à Hangzhou à l’invitation de la Chambre de commerce de cette importante ville chinoise, où la Côte d’Ivoire sera mise à l’honneur. Ces différentes actions traduisent la volonté constante de l’association de servir de passerelle entre les deux pays.

À travers l’ensemble de ces initiatives, le Club des Amis de la Chine entend continuer à bâtir des passerelles durables entre les peuples ivoirien et chinois et à contribuer au renforcement d’une coopération mutuellement bénéfique.

Comment réagissez-vous aux critiques qui accusent parfois la Chine d’exercer une influence excessive en Afrique ?

Je ne partage pas cette analyse. Nous sommes au XXIe siècle, dans un monde marqué par la mondialisation, le développement des technologies de l’information, l’accès à l’éducation et la multiplication des échanges entre les peuples. Aujourd’hui, les Africains voyagent, étudient et travaillent aussi bien en Europe, en Amérique qu’en Asie. Ils disposent donc des moyens nécessaires pour se forger leur propre opinion et faire leurs choix en toute connaissance de cause.

À mes yeux, les relations entre la Chine et les pays africains reposent avant tout sur un principe de partenariat mutuellement bénéfique. Les projets de coopération sont mis en œuvre dans le cadre d’accords conclus entre États souverains et répondent à des besoins identifiés par les pays concernés. Il ne s’agit donc pas d’une influence imposée, mais d’une collaboration fondée sur des intérêts communs.

Par ailleurs, la Chine possède une expérience de développement dont l’Afrique peut utilement s’inspirer dans plusieurs domaines. L’objectif n’est pas de reproduire un modèle à l’identique, mais d’apprendre des réussites qui peuvent contribuer à accélérer notre propre développement. À travers ces échanges, les pays africains acquièrent des connaissances, des compétences et des outils qui leur permettront demain de renforcer davantage leur autonomie et leur capacité à relever leurs propres défis.
Je considère donc que la coopération avec la Chine doit être perçue comme une opportunité d’apprentissage et de développement, dans le respect de la souveraineté des États africains et de leurs choix stratégiques.

Que répondez-vous à ceux qui disent que vous allez en Chine pour contacter quelques industriels ou politiques afin de revenir chercher la clientèle pour eux ?

Nous ne cherchons pas à servir de relais de clientèle pour des politiques ou des industriels chinois. Notre démarche s’inscrit plutôt dans la promotion d’une coopération sino-africaine et d’une coopération Sud-Sud équilibrée, dans laquelle les deux parties sont gagnantes.
Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire fait face à d’importants besoins, notamment dans le secteur de l’immobilier. De leur côté, des investisseurs et financiers constructeurs en Chine sont disposés à accompagner des projets structurants en Afrique. Notre rôle est donc de créer des passerelles entre ces acteurs ivoiriens et chinois afin de favoriser la réalisation de projets concrets et bénéfiques pour les populations.

À travers le Club des Amis de la Chine, nous mettons en relation des opérateurs économiques ivoiriens porteurs de projets avec des partenaires chinois capables de les accompagner. Cela permet de répondre à des besoins réels et d’apporter des solutions concrètes, notamment dans la construction de logements, d’immeubles et d’infrastructures.

Nos actions visent donc clairement l’intérêt des Ivoiriens et des Africains. Il ne s’agit pas de “chasser des clients” ou de privilégier un camp contre un autre, mais de favoriser une coopération gagnant-gagnant entre la Chine et la Côte d’Ivoire, dans le respect des intérêts de chacun.

Sacré Abel
Nasopresse.com