À l’heure où la transformation numérique s’accélère sur le continent, la protection des données personnelles s’impose comme un enjeu majeur pour les États africains. Réunis à Abidjan dans le cadre de la 9e Conférence du Réseau Africain des Autorités de Protection des Données Personnelles (RAPDP), décideurs publics, spécialistes du numérique et régulateurs ont appelé, lundi, à une coopération continentale plus forte pour mieux encadrer les usages technologiques émergents.
Organisée du 18 au 21 mai au Radisson Blu d’Abidjan, cette rencontre a été lancée officiellement par le ministre de la Transition numérique, Djibril Ouattara, représentant pour l’occasion le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, Vagondo Diomandé.
Prenant la parole à l’ouverture, le président du RAPDP, Iro Adamou, a rappelé que la question des données personnelles dépasse désormais le simple cadre technique. Selon lui, elle touche directement à la protection de la vie privée, à la sécurité des citoyens, à la confiance dans l’environnement numérique et à la capacité des États africains à défendre leur souveraineté dans le cyberespace.
Dans un contexte marqué par la montée en puissance de l’intelligence artificielle, du cloud, des plateformes numériques et des services digitaux, il a insisté sur la nécessité de considérer les données personnelles comme un droit fondamental. Pour lui, encadrer les nouvelles technologies ne revient pas à freiner l’innovation, mais à construire un cadre équilibré entre progrès, croissance économique et respect des libertés individuelles.
Iro Adamou a également salué les efforts entrepris par l’Autorité de régulation des télécommunications/TIC de Côte d’Ivoire, engagée dans un processus de modernisation de ses instruments, de ses méthodes de travail ainsi que de ses actions de sensibilisation et de contrôle autour du traitement des données personnelles.
De son côté, Roger Adom, président du Conseil de régulation de l’ARTCI, a souligné la portée symbolique de cette cérémonie, qui constituait sa première sortie officielle depuis sa nomination. Il a exprimé sa reconnaissance envers les autorités ivoiriennes pour la confiance accordée au nouveau Conseil, tout en rappelant que les mutations numériques ont aujourd’hui des répercussions directes sur la sécurité collective, la confiance digitale et l’indépendance technologique des nations.
Le thème retenu cette année « La régulation des technologies innovantes : enjeux, défis et perspectives des autorités de protection en Afrique » traduit, selon lui, l’urgence pour les pays du continent de se doter d’outils réglementaires capables de suivre le rythme rapide des innovations.
Même message du côté des intervenants : réguler ne signifie pas bloquer. Il s’agit plutôt de mettre en place des règles claires qui accompagnent le développement technologique tout en garantissant les droits fondamentaux des populations.
Les participants ont enfin insisté sur la dimension transfrontalière des défis numériques. Cybersécurité, circulation des données, intelligence artificielle et gouvernance digitale appellent désormais des réponses coordonnées à l’échelle africaine.
À travers cette conférence, les autorités présentes entendent explorer des pistes concrètes pour harmoniser les cadres juridiques et bâtir une doctrine africaine commune de la protection des données, dans l’objectif de renforcer durablement la souveraineté numérique du continent.
Moussa Camara
Nasopresse.com