La récente sortie de Kobenan Kouassi Adjoumani continue de susciter de vives réactions dans l’opinion publique. Entre appel à l’unité et révélateur de tensions internes, cette déclaration met en lumière les défis de cohésion auxquels fait face le parti au pouvoir.
En effet, le 20 avril dernier, depuis Bondoukou, l’ancien ministre de l’Agriculture a déclenché une polémique en déclarant, je cite : « Au RHDP, nous sommes tous des transfuges. » Une affirmation qui, bien au-delà de sa portée sémantique, révèle des tensions latentes au sein de la formation politique.
Interrogé le mardi 28 avril 2026 sur ce sujet, le Dr Oussou Kouamé a livré son analyse. Selon l’enseignant-chercheur, ces propos doivent être replacés dans leur contexte. Ils traduiraient avant tout une réaction à des querelles internes amplifiées sur les réseaux sociaux, où le terme « transfuge » est régulièrement utilisé de manière péjorative entre militants. En rappelant que le RHDP est issu de la fusion de plusieurs partis, notamment le RDR, le PDCI-RDA, l’UDPCI et le MFA ; l’ancien ministre met en évidence une réalité historique : celle d’un parti construit sur des ralliements successifs.
Derrière cette déclaration se profile un enjeu plus profond : l’égalité de traitement entre militants. Des distinctions implicites subsisteraient entre les membres historiques, notamment issus du RDR, et ceux considérés comme « périphériques ». Une situation qui, selon le Dr Kouamé, pourrait fragiliser l’unité du parti si elle perdure.
Toutefois, cette sortie ne remet pas fondamentalement en cause la place des anciens du RDR. Elle soulève plutôt la question sensible de la gestion du pouvoir et des équilibres internes. À cet égard, le débat sur le « rattrapage ethnique », évoqué par le président Alassane Ouattara lui-même, revient au centre des préoccupations, certains observateurs dénonçant une perception de déséquilibre dans les nominations.
Si cette déclaration peut, à première vue, accentuer les tensions entre anciens du RDR et cadres issus du PDCI-RDA, elle pourrait aussi servir d’opportunité pour une introspection collective. Pour le Dr Kouamé, loin d’être un facteur de division, elle devrait inciter les responsables à repenser la cohésion interne et à valoriser la diversité du parti.
Concernant le départ d’Adjoumani du gouvernement, aucun lien direct n’est établi avec ses propos. D’autant plus que sa nomination en tant que ministre-conseiller le maintient dans les sphères du pouvoir.
Enfin, l’appel à l’unité lancé par l’ancien ministre reste conditionné à la volonté réelle des acteurs politiques. Dans un contexte marqué par les échéances électorales à venir et la perspective de l’après-Alassane Ouattara, le RHDP est appelé à renforcer sa cohésion s’il veut conserver sa position dominante face à une opposition plurielle.
À l’horizon 2030, avec des formations comme le FPI, le PPA-CI ou encore le PDCI-RDA en ordre de bataille, les divisions internes pourraient coûter cher. La question demeure : le RHDP saura-t-il dépasser ses fractures pour préserver son avenir politique ?
Ibo François
Nasopresse.com