Près de 80 pays étaient représentés au salon Macfrut de Rimini, en Italie, du 21 au 24 avril. Parmi eux, une vingtaine de pays africains. Leur objectif commun : démarcher les marchés italien et européen mais aussi trouver des partenaires techniques, financiers et économiques dans ces pays.
Une délégation africaine arrivant à Macfrut 2026 à Rimini (Italie). Photo: Antoine Hervé
L’Afrique était bien représentée à Macfrut, fin avril à Rimini. Il y avait notamment Franck Donald Savadogo, représentant de la fédération nationale des coopératives fruitières et légumières de Côte d’Ivoire (Fena Cofruitel). « La coopérative est représentée depuis plusieurs années, mais moi, c’est la première fois que je viens à Macfrut », explique Franck Donald. A-t-il eu un contact intéressant ? « Oui, un importateur Maroco-Italien est intéressé par mes ananas. Il est prêt à en acheter trois camions toutes les deux semaines ». Et alors ? « Il reste à discuter du prix, de la qualité, des normes, des conditions d’exportation… ». Bref, de beaucoup de choses. Car, à Macfrut comme dans tous les salons, les contrats se signent rarement à la première rencontre.
Sur le pavillon de la Côte d’Ivoire lors de Macfrut 2026 à Rimini (Italie). Photo: A.H
Ce que confirme Joëlle Marina Gbizié, DRH d’Agro Sources Group et responsable de la délégation ivoirienne à Macfrut : « Il faut plusieurs rencontres avant de signer un contrat ». D’où l’autre utilité du salon : « Nous sommes aussi ici pour rencontrer des partenaires et des fournisseurs et aussi, plus généralement, pour représenter notre pays ». A Rimini, Joëlle Marina est contente d’avoir obtenu, pour la première fois, un pavillon entier pour son pays : six entreprises et 11 personnes présentes « C’est une marque de confiance de la part de l’organisateur », dit-elle. Et une belle promesse pour l’avenir : « L’Afrique a aussi à donner. Elle devient un eldorado dans un partenariat gagnant/gagnant ».
« C’est quoi ça ? »
Micheal Kwadwo Bekal, CEO de Namondo Enterprise à Accra (Ghana). Photo: A.H
Sur le stand du Ghana, lors du salon international Macfrut 2026. Photo: A.H
D’autres pays du continent, avaient aussi un pavillon, comme le Ghana. Parmi les entrepreneurs présents, Micheal Kwadwo Bekal, 42 ans, CEO de Namondo enterprise. Basé à Accra, ce négociant en fruits et légumes exposait d’imposantes tubercules. « C’est quoi ça ? », interrogent des lycéens en visite au salon. « Des ignames ! », répond fièrement Micheal. Il se retourne vers nous : « Cela sert aussi à ça les salons : à faire découvrir nos produits ». Son entreprise exporte dix containers par an de ces Ponans en Angleterre, Allemagne, Canada et USA. Mais, il aimerait bien ajouter l’Italie et pourquoi pas la France à son tableau de chasse. « J’ai rencontré quelques acheteurs intéressés, mais il faudra d’autres rencontres pour conclure », sourit le Ghanéen.
Oumarou Compaoré, de la ferme Djoda (à g.) et les autres membres de la délégation du Burkina Faso. Photo: A.H
Même son de cloche du côté d’Oumarou Compaoré, 37 ans, promoteur à la ferme Djoda, au Burkina Faso. « Nous sommes les pionniers de la production d’ananas au Sahel ! », attaque-t-il tout de go en faisant déguster des rondelles de Pain de sucre séchées. « Vous sentez ce goût sucré, dit-il. Nous avons une façon spéciale de cultiver cet ananas avec irrigation. Nous avons même élaboré un guide pour les producteurs et le gouvernement nous aide dans notre démarche ». Un sourire et il poursuit : « Sur ma ferme, nous cultivons plus de 100 hectares de Pain de sucre. Le Burkina va devenir un grand producteur d’ananas… ».
Coup de main et habits traditionnels
Mariam Ballo, Malienne vivant près de Paris, en démarchage commercial à Macfrut. Photo: A.H
Assise devant un comptoir chargé d’assiettes de dégustation de pastilles de baobab, Mariam Ballo a, elle, un autre objectif. « Je donne un coup de main à une amie, mais suis surtout ici pour trouver des pommes, tomates, cerises, fraises ou pommes de terre que je pourrais revendre en France ». Son projet : « Monter un magasin dans ma commune », explique cette Malienne installée à Nangis, près de Paris depuis plusieurs années. Pourquoi des produits italiens ? « Parce qu’ils sont bons et moins chers qu’en France ». On lui souhaite bon courage.
Armand Zomba’a II Doudjo (à g.) et Ernest Fotué sur le stand du Cameroun. Photo: A.H
Quelques stands plus loin, ce Camerounais fait fureur avec ses habits traditionnels et sa carte de visite annonçant Sa Majesté Zomba’a II Doudjo Armand, chef du village de Tchuichue à l’ouest du pays dit de l’Afrique en miniature. La tenue fait sensation, mais pas sûr qu’elle suffise les acheteurs à acquérir ses avocats, ananas ou autres mangues et bananes. « L’ambiance est cordiale, relate Armand. Nous avons participé à des symposiums, à des rencontres B to B mais tout cela reste encore informel ». A côté de lui, plus simplement vêtu, Ernest Fotué assure la traduction. Vivant depuis douze ans en Italie, ce Camerounais expatrié représente aussi la ferme Kamco Farm. « Nous exportons déjà en Asie, au Moyen-Orient et en Turquie, dit ce supporter du Torino. Mais nous voudrions aussi commercer avec l’Europe, c’est aussi pourquoi je suis ici ».
Abdolaye Fam, directeur général de’Hydromat Pharm à Dakar (Sénégal). Photo: A.H
Dans le même hall du salon, Abdolaye Fam, 44 ans, vient, lui aussi, pour la première fois à Macfrut, comme la plupart de la vingtaine d’autres entreprises présentes sur le pavillon sénégalais. « Je viens pour nouer des partenariats et trouver des opportunités, explique ce directeur général d’Hydromat Pharm. J’exporte déjà des oignons en Espagne, mais je voudrais aussi trouver des acheteurs ou des distributeurs en Italie pour mes légumes car le marché local est saturé ». Le quadragénaire regarde aussi les machines et les intrants : « Il faut être en ouverture par rapport aux pays développés ».
« Les meilleures ! »
Tibenda Zununa, CEO de Zunie Agri-Consult & Exports LTD à Kampala (Ouganda). Photo: A.H
Première fois également à Rimini pour Tibenda Zununa, CEO de Zunie Agri-consult & exports LTD à Kampala (Ouganda) et troisième fois pour Atif Heraki, 32 ans, gérant de Heraki Farms à Biskra (Algérie). Déjà exportateurs sur l’Europe, les deux jeunes agronomes viennent aussi ici pour trouver marchés et partenaires. Tibenda espère vendre notamment ses avocats, ses piments et son poivre. Tandis qu’Atif se hâte pour ses dattes Deglet Nour : « Les meilleures ! » assure-t-il. Avant de modérer : « Chez nous les procédures d’exportation sont difficiles, mais pour nos dattes cela devrait aller ».
Un exposant du Kenya lors de Macfrut 2026. Photo: A.H
Le Niger était également représenté à Rimini. Nous rencontrons Maïmouna Moussa Maïga. Présidente de l’entreprise Les 3 M à Niamey et coordinatrice de l’ONG Hallaci, Maïmouna vient pour vendre ses mangues, moringa, sésame, baobab, karité, souchets mais aussi pour trouver des fournisseurs d’engrais ou autres machines agricoles : « J’ai repéré des antifongiques et des machines pour fabriquer des jus ou des conditionneuses pour emballer les fruits et légumes », explique Maïmouna. L’entrepreneuse commerce déjà avec l’Europe, les USA et le Canada. Mais, comme plusieurs de ses compatriotes africains, elle vient aussi en Italie pour « trouver des produits exporter ».
Antoine Hervé
Nasopresse.com