Côte d’Ivoire / Journalisme d’enquête : Abidjan devient le nouveau bastion de la traque aux crimes financiers

La capitale économique ivoirienne a accueilli, les 23 et 24 mars 2026, un atelier intensif dédié à la protection des lanceurs d’alerte et à l’enquête sur les crimes économiques. À l’issue de ces deux jours de travaux, la formatrice de renom Sonia Roller n’a pas caché son enthousiasme face au niveau d’expertise des participants.

Le cœur de cette formation repose sur une figure centrale de la démocratie moderne : le lanceur d’alerte. Pour Sonia Roller, ces « insiders » qui décident de dénoncer des dérives professionnelles sont des sources vitales, mais extrêmement vulnérables.

« Ce sont des personnes qui ont des besoins particuliers en protection. En tant que journalistes, nous ne savons pas toujours comment les prendre en charge de manière sécurisée », a-t-elle souligné.

La première phase de l’atelier a donc permis de définir les protocoles de sécurité indispensables pour traiter ces informations sensibles sans mettre en péril la vie ou la carrière de ceux qui osent parler.

 

Au-delà de la protection des sources, l’atelier a plongé les journalistes dans les arcanes de la criminalité financière. Lire un état financier, traquer le blanchiment d’argent ou comprendre les rouages complexes des marchés publics : l’exercice est technique, souvent aride.

Pour transformer la théorie en pratique, une simulation d’enquête grandeur nature a été organisée. Dans ce scénario fictif, les journalistes devaient éplucher des registres de sociétés et des documents d’appels d’offres pour débusquer une fraude. Le résultat a été sans appel : plusieurs groupes ont réussi à identifier le véritable bénéficiaire occulte du marché, qui n’était autre que le directeur de cabinet d’un ministère.

Clôturant l’atelier ce mardi, Sonia Roller a exprimé une réelle surprise face à la qualité des échanges. Selon elle, le paysage médiatique ivoirien se distingue par une maturité rare :
• Un niveau général élevé : Contrairement à de nombreux pays où l’investigation financière est l’affaire de quelques isolés, la Côte d’Ivoire dispose d’un groupe solide de professionnels expérimentés.
• Un partage d’expériences riche : Les participants ont pu confronter leurs propres enquêtes sur les crimes économiques, témoignant d’une pratique déjà ancrée sur le terrain.
• Une collaboration nécessaire : L’accent a été mis sur l’entraide entre confrères et le recours aux experts pour surmonter la technicité des dossiers bancaires et fiscaux.

« C’est rare, et pas seulement en Afrique. Même en Europe, trouver autant de journalistes capables de mener des enquêtes financières de ce niveau est exceptionnel », a conclu la formatrice.

Moussa Camara (Nasopresse.com)