Côte d’Ivoire / Démission du gouvernement en 2026 et les enjeux d’une période sans gouvernement

Une démission gouvernementale dictée par la Constitution

La Côte d’Ivoire a connu, début janvier 2026, une étape institutionnelle majeure avec la démission du Premier ministre Robert Beugré-Mambé et de l’ensemble de son gouvernement, acceptée par le président de la République, Alassane Ouattara. Cette décision intervient dans le sillage des élections législatives du 27 décembre 2025, qui ont vu plusieurs membres du gouvernement élus députés à l’Assemblée nationale.

M Sacré Abel, Journaliste. Photo: S.A

Cette démission collective n’est ni une crise politique ni une rupture institutionnelle. Elle découle essentiellement du respect d’une disposition constitutionnelle fondamentale qui encadre strictement le fonctionnement des institutions ivoiriennes.

En effet, l’article 56 de la Constitution de la République de Côte d’Ivoire dispose clairement : « Les fonctions des membres du Gouvernement sont incompatibles avec l’exercice de tout emploi et de toute activité professionnelle. Le parlementaire nommé membre du Gouvernement ne peut siéger à l’Assemblée nationale pendant la durée de ses fonctions ministérielles. »

Par cette disposition, la Constitution interdit explicitement le cumul des fonctions ministérielles et du mandat de député, afin de garantir la séparation des pouvoirs entre l’exécutif et le législatif. Ainsi, les ministres élus députés étaient légalement tenus de choisir entre leur poste gouvernemental et leur mandat parlementaire, rendant inévitable la démission du gouvernement en place.

Une transition institutionnelle prévue par le droit

Conformément aux usages républicains, le chef de l’État a mis fin aux fonctions des membres du gouvernement tout en leur demandant d’assurer la gestion des affaires courantes jusqu’à la nomination d’une nouvelle équipe. Cette phase transitoire permet d’éviter tout vide institutionnel et garantit la continuité de l’action publique.

Il s’agit d’une pratique courante dans les régimes démocratiques, notamment après des élections législatives, afin de permettre la formation d’un gouvernement reflétant les nouveaux équilibres politiques issus des urnes.

Un pays sans gouvernement pleinement constitué : quelles conséquences ?

  1. Continuité de l’État, mais décisions limitées

Contrairement aux idées reçues, la Côte d’Ivoire ne se retrouve pas sans État, même en l’absence d’un gouvernement nouvellement formé. L’administration continue de fonctionner, les services publics restent opérationnels et les dossiers en cours sont suivis.

Toutefois, un gouvernement chargé uniquement des affaires courantes est juridiquement et politiquement limité. Il ne peut engager de grandes réformes, lancer de nouveaux projets structurants, ni prendre des décisions majeures à long terme, notamment en matière budgétaire ou institutionnelle.

  1. Incertitudes politiques et attentes sociales

Cette période transitoire peut toutefois susciter une certaine attente, voire une inquiétude, au sein de la population et des milieux économiques. Dans un contexte marqué par des enjeux sociaux importants — emploi, coût de la vie, sécurité, accès aux services de base — l’absence d’un gouvernement pleinement investi peut être perçue comme un ralentissement de la capacité de décision de l’État.

Elle renforce également la pression sur l’exécutif pour former rapidement une nouvelle équipe gouvernementale, capable de répondre aux aspirations des citoyens.

  1. Une opportunité de renouvellement

À l’inverse, cette phase ouvre aussi la voie à un renouvellement politique. Le président de la République dispose de l’occasion de recomposer son équipe, d’introduire de nouveaux profils et d’adapter l’action gouvernementale aux priorités issues des élections législatives.

Elle peut ainsi renforcer la cohérence entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif, condition essentielle à la stabilité politique et à l’efficacité de l’action publique.

Vers la formation d’un nouveau gouvernement

La formation d’un nouveau gouvernement est attendue dans les jours ou semaines suivant la démission, conformément aux pratiques institutionnelles. En attendant, l’État ivoirien poursuit son fonctionnement normal, sous le régime des affaires courantes.

En définitive, si une période sans gouvernement pleinement constitué peut ralentir certaines décisions stratégiques, elle ne remet nullement en cause la stabilité de l’État. Elle traduit plutôt le respect des règles constitutionnelles et la vitalité du cadre démocratique ivoirien.

Sacré Abel

Nasopresse.com