La dernière intervention de Charles Blé Goudé ne passe décidément pas. Et Konaté Navigué, figure politique bien connue, n’a pas mâché ses mots. Pour lui, l’ancien leader des jeunes patriotes a franchi une limite que même la crise ivoirienne n’avait jamais osé franchir.
L’adage de Cocteau revient comme un couperet : « Le tact dans l’audace, c’est de savoir jusqu’où on peut aller trop loin. »
Blé Goudé, cette fois, a dépassé la frontière et de loin.
Konaté Navigué rappelle qu’en tant que co-rédacteur de l’Accord politique de Ouagadougou (APO), il sait combien le code de bonne conduite mis en place était crucial pour éviter la descente aux attaques personnelles. Une discipline indispensable dans un pays sous tension constante.
Or, les propos de Blé Goudé, notamment son étonnante envolée sur le “pardon” adressé à Guillaume Soro, ressemblent davantage à une provocation taillée sur mesure qu’à un appel sincère à la réconciliation.
L’affaire ne s’arrête pas là. Navigué souligne qu’en évoquant publiquement Issa Sangaré Yeresso, Blé Goudé a franchi un seuil que même son passé tumultueux ne justifie pas. Le président, selon lui, n’avait d’autre choix que d’exiger des excuses et non pas pour flatter l’ego de Soro, mais pour préserver la dignité du poste de Premier ministre, une institution déjà fragilisée par les secousses politiques des dernières années.
Mais le passage le plus controversé des propos de Blé Goudé reste celui sur la Cour pénale internationale. Pour Navigué, c’est un dérapage clair. Sortir des dossiers aussi sensibles sur la place publique, évoquer des souffrances familiales ou carcérales comme s’il s’agissait de scènes de spectacle… c’est franchir une ligne rouge.
« La prison n’est pas un théâtre », martèle-t-il. « C’est un lieu de douleur, pas un outil de communication. »
Et de rappeler ce proverbe qui tombe comme une gifle : « Tout ce qui est excessif est insignifiant. »
Konaté Navigué, Senoufo, insiste aussi sur une dimension culturelle souvent éludée par les politiciens : le respect des secrets du Bois Sacré. Pour lui, exposer publiquement certains vécus relève d’une totale déshumanisation. Une trahison de l’intime. Une faute morale.
Et puisqu’il est question de vérité, Navigué estime que Blé Goudé devrait également avoir le courage de reconnaître ce que Laurent Gbagbo a représenté pour lui : son tremplin politique, social, médiatique et parfois financier.
« Gbagbo n’est pas un saint », concède-t-il, « mais il a tendu la main à Blé Goudé quand peu de gens croyaient en lui. Ce serait bien que cela figure dans son récit. »
Au final, Navigué dénonce une dérive dangereuse dans le discours politique ivoirien : la tentation permanente de briller par la provocation au lieu de construire par la responsabilité.
Dans une Côte d’Ivoire encore fragile, il lance un avertissement : « Les mots peuvent reconstruire un pays… ou l’achever. À Blé Goudé de choisir de quel côté de l’Histoire il veut se tenir. »
Moussa Camara
Nasopresse.com