Fact-checking / Côte d’Ivoire: les chiffres sur la construction des lycées et collèges, entre annonces officielles et données statistiques

Article rédigé par Issouf Sidibé  –  14 Octobre 2025                                                                                                                        Fact-checker/Journaliste Indépendant

Une déclaration en pleine période électorale.

À deux jours du lancement officiel de la campagne présidentielle d’octobre 2025, le débat public s’anime autour des bilans et promesses. C’est dans ce contexte que, lors de la cérémonie de lancement du site officiel du bilan du gouvernement (voir ici), le mercredi 8 octobre 2025, M. Karim Traoré, Directeur de Cabinet de la Primature, a affirmé :

« Depuis l’indépendance et pendant près de 40 à 50 ans, seulement 294 lycées et collèges avaient été construits dans le pays. À partir de 2011, un effort massif a été entrepris : 608 lycées et collèges ont été construits, réhabilités ou rouverts entre 2011 et 2024. En 2025, 129 établissements supplémentaires sont en cours de construction. Cela signifie que nous sommes passés de 294 lycées et collèges en 2011 à 902 établissements après 2024 et que nous dépasserons le cap des 1000 établissements après 2026. »

Une déclaration reprise sur les sites officiels du gouvernement, des ministères concernés(1,2) et sur la page Facebook de la Primature de Côte d’Ivoire(ici). Dans un contexte politique marqué par une élection disputée entre le parti au pouvoir, le RHDP, et la coalition d’opposition du Front Commun (PPA-CI et PDCI-RDA), ces chiffres ont suscité l’attention.

Nous avons entrepris de retracer les données disponibles pour comprendre l’évolution réelle du nombre de lycées et collèges publics depuis 2011.

Les premières données officielles : avant 2011

Les premières statistiques consultées proviennent du Portail officiel du gouvernement et de la Direction de l’Information, de la Planification, de l’Évaluation et des Statistiques (DIPES)(voir ici)

Selon ces sources, le gouvernement anonçait la construction de 19 lycées, 173 collèges et 23 écoles, à partir d’Octobre 2009. Une publication d’Open Data Côte d’Ivoire, mise à jour le 23 décembre 2021, recense 816 établissements secondaires, dont 261 publics pour l’année scolaire 2008-2009.

Ces chiffres sont corroborés par les Statistiques de l’enseignement secondaire 2008-2009, qui mentionnent 829 établissements secondaires, dont 261 publics également. (à consulter ici)

Capture d’écran du tableau du nombre d’établissements secondaires 2009.

La DIPES précise que le recensement annuel constitue la base de collecte principale et repose sur des données déclarées directement par les établissements.

Les chiffres de la période 2011–2024 selon les programmes gouvernementaux:

Concernant la période évoquée par le Directeur de Cabinet (2011–2024), plusieurs programmes publics apportent des éléments : Le Programme social du gouvernement (PSGouv), dans sa synthèse 2011–2019, mentionne 277 lycées et collèges construits. Le PSGouv 2019–2020(ici) annonçait la construction de 78 collèges de proximité, dont 47 à livrer en mars 2020. Le PSGouv 2022–2024, via le site officiel psgouv.ci (ici), prévoyait la construction de 222 collèges de proximité, dont 60 en 2022, 118 en 2023 et 44 en 2024.                                           Ces différentes données montrent une dynamique de construction soutenue, mais sans confirmation chiffrée globale atteignant les 608 établissements évoqués dans la déclaration officielle.

Les sources internationales : UNESCO et partenaires de développement

Pour compléter l’analyse, des rapports d’institutions internationales ont été consultés.                                              Le Rapport de l’UNESCO (2011–2015), publié en juin 2016(voir ici), relève une progression constante du nombre d’établissements secondaires : 2011–2012 : 1 216 établissements secondaires, 2012–2013 : 1 232, 2013–2014 : 1 296, 2014–2015 : 1 373 établissements, soit un taux d’accroissement de 12,91 % sur la période.                                  Le Rapport final du Partenariat mondial pour l’éducation (GPE), publié en août 2018, note la construction de 7 collèges du premier cycle du secondaire, 1 002 salles de classe du primaire, et la rénovation de 270 salles.(à voir ici)

Plus récemment, le rapport “Statistiques scolaires de poches 2022–2023”(ici), produit par le Ministère de l’Éducation nationale et de l’Alphabétisation (MENA) en partenariat avec l’UNICEF, indique 3 430 établissements secondaires généraux sur le territoire national. Ces chiffres, bien plus élevés que ceux avancés par la Primature, englobent cependant le public et le privé.

Capture d’écran du « Statistiques scolaires de poches  » 2022-2023

Le document détaille la répartition régionale : 670 établissements à Abidjan, 309 dans le Bas-Sassandra, 298 dans le Gôh-Djiboua, 277 dans les Lagunes, 456 dans le Sassandra-Marahoué, 113 dans le Woroba, 108 dans le Zanzan, 160 dans le Comoé, 45 dans le Denguélé, 190 dans les Lacs, 319 dans les Montagnes, 220 dans les Savanes, 202 dans la Vallée Bandama et 63 à Yamoussokro, soit dans 14 districts autonomes.

Les limites des données disponibles.

Certains rapports internationaux plus récents, comme l’Analyse du secteur de l’éducation UNESCO 2024(ici) ou (ici) le rapport Côte d’Ivoire : année de transformation (2025), ou encore le rapport annuel 2024 : Bureau régional multisectoriel de l’UNESCO pour l’Afrique de l’Ouest(ici) se concentrent davantage sur les politiques éducatives, les budgets et la formation, sans détailler les chiffres relatifs aux infrastructures secondaires.

De même, les publications de la Banque mondiale, actualisées en octobre 2025 ( 1,2,3) mettent l’accent sur le financement des écoles primaires et préscolaires, sans mention spécifique des lycées ou collèges.

Entre communication politique et réalité statistique.

L’analyse des différentes sources montre une pluralité de chiffres selon les périodes, les institutions et les périmètres considérés (public/privé, construction/réhabilitation, projet en cours ou achevé).                                    Si les données confirment une nette augmentation du nombre d’établissements secondaires depuis 2011, les écarts observés entre les chiffres officiels de la Primature et ceux issus des rapports statistiques invitent à une lecture prudente.