Côte d’Ivoire / Marche du 11 octobre / 36 mois de prison requis contre la majorité des manifestants jugés à Dabou et Abidjan

La justice ivoirienne a rendu ses premières décisions concernant les personnes arrêtées lors de la marche du 11 octobre 2025, organisée dans plusieurs localités du pays. Selon Me Blessy Jean-Chrysostome, secrétaire exécutif chargé de la veille juridique du PPA-CI, les tribunaux de Dabou et d’Abidjan-Plateau ont prononcé, pour la majorité des prévenus, des peines de 36 mois d’emprisonnement ferme.

Me Blessy Jean-Chrysostome, secrétaire exécutif chargé de la veille juridique du PPA-CI. Photo: Sercom

À Dabou, 24 personnes ont comparu devant le tribunal correctionnel. Malgré les plaidoiries des avocats de la défense, tous ont été déclarés coupables et condamnés à 36 mois d’emprisonnement ferme. Me Blessy dénonce une justice « manifestement alignée sur des consignes politiques », estimant que les décisions rendues ne reflètent pas une appréciation objective des faits.

« Les tribunaux ont simplement exécuté la consigne de 36 mois de prison. Ils n’ont pu se libérer pour asseoir une conviction fondée sur le droit », a déclaré l’avocat.

À Abidjan-Plateau, le procès des 85 personnes interpellées s’est poursuivi tard dans la soirée du jeudi 16 octobre.
Aux environs de 20 heures, le tribunal a rendu son délibéré pour 32 dossiers, avant de renvoyer les 53 autres au jeudi 22 octobre 2025.

Sur les 32 prévenus jugés : 4 ont été relaxés ; 2 femmes âgées ont écopé de 36 mois de prison avec sursis, en raison de leur âge avancé et de leur état de santé fragile ; Les 26 autres ont été condamnés à 36 mois de prison ferme.

Pour Me Blessy Jean-Chrysostome, ces peines identiques traduisent moins une appréciation individualisée des faits qu’une volonté d’exemplarité politique. L’avocat évoque une « consigne judiciaire » appliquée uniformément sur tout le territoire.

« Du tribunal de Dabou à celui d’Abidjan, l’on s’est appliqué à répondre positivement aux instructions », a-t-il soutenu dans une déclaration publique.

Les observateurs estiment que ces décisions risquent d’alimenter la tension politique à l’approche du scrutin présidentiel du 25 octobre 2025, dans un climat déjà marqué par des affrontements et des interpellations.

La suite du procès des interpellés d’Abidjan est prévue pour le jeudi 22 octobre 2025. Les avocats de la défense affirment préparer de nouvelles plaidoiries et éventuellement des recours, tandis que les partis politiques de l’opposition appellent à une mobilisation pacifique en soutien aux détenus.

Me Blessy a annoncé qu’il rendra public dans la journée la liste complète des personnes jugées et des condamnations prononcées.

« Que Dieu nous garde ! », a-t-il conclu, exprimant son inquiétude face à une justice qu’il juge « instrumentalisée ».

Moussa Camara
Avec la contribution de la cellule de veille du PPA-CI